GUERRIERS

Liste des articles "Guerrier"

28 août 2013    MES RESPECTS MON COMMANDANT                    sur Hélie de Saint Marc
25 août 2013    LA BLESSURE JAUNE                                                  sur les combattants Hmongs
23 août 2013    A MES HOMMES QUI SONT MORTS                         sur la Légion
08 août 2013    FAIS CE QUE DOIS ADVIENNE QUE POURRAS    sur les Thermopyles

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Publié le 28 août 2013

IN MEMORIAM
Hélie Denoix de Saint Marc
11 février 1922 - 26 août 2013


Je tiens ici à remercier les camarades et amis du groupe "Les amis d'Hélie de Saint Marc" qui m'ont fait l'honneur de m'accueillir pour partager la mémoire et les valeurs transmises par celui que nous appelons "le Commandant".



Hélie Denoix de Saint Marc, a disparu  au delà de notre horizon, ce lundi 26 août 2013, à l'âge de 91 ans, emporté enfin par cette Mort tant de fois frôlé au cours d'une destin exemplaire vécu au service de "l'Honneur de vivre", et je m'associe à la peine vécue par sa famille et ses proches happés par ce vide immense.


Sur mon bureau, gardés fidèlement par le ronronnement de mon compagnon félin, les livres du "Commandant" sont toujours là, éparpillés comme les sources d'eau vive qui font naître les torrents des montagnes. La veille encore, ses pensées m'éclairaient et m'aidaient à évoquer le courage des  Hmongs du Laos, venus déposer leur mémoire et leur courage au coeur de la forêt Guyanaise.
Le lendemain, la terrible nouvelle de sa disparition, pourtant prévisible, me laissa pantois, comme orphelin, et je vais vivre cette journée comme un homme étranger à lui même, avec dans le coeur une pesanteur à la fois triste et belle... Dès que possible, je partage sur  la toile virtuelle, où au hasard des rencontres amicales mon émotion et le souvenir de cet éveilleur de conscience, dont je serre le livre "Toute une vie" contre ma poitrine...

Je veux bien sûr unir ma voix au chœur des fidèles, des insoumis qui gardent la foi et l'espérance au milieu de ce monde déshumanisé... Mais les mots qui jaillissent de ma pensée me paraissent tellement dérisoires et petits que je regrette de ne pouvoir confier à un oiseau de la forêt le soin de chanter à ma place mon émotion... 

Il me faut pourtant témoigner, et ce n'est pas qu'une envie de partager, mais un devoir de transmettre; car Hélie de Saint Marc a semé dans nos coeurs, le plus beau commandement qu'un chef puisse donner à ses hommes : la force de l'exemple.
Car "le Commandant" était et restera un homme exemplaire et humble, une fusion d’héroïsme guerrier et d'humanisme élevé et ses grandes valeurs lui permirent tout au long de sa vie tourmenté par l'Histoire et la guerre, de servir la Liberté et d'accepter son dur destin avec dignité sans le subir au fond de son coeur courageux. 

Aujourd'hui, "il disparaît à l'horizon" laissant derrière lui mais surtout devant nous des traces profondes, ouvrant la voie de l'Honneur et de l'Amour réunis. Il est de notre responsabilité de faire connaître ses actes et ses pensées pour offrir aux jeunes un autre chemin que celui de l'hypocrisie et du mensonge : celui de l'espérance et du combat !
A nous maintenant de cultiver et nourrir le monde à venir de son exemple et de sa sagesse.

Mon Commandant je m'incline respectueusement et vous remercie de l'héritage laissé. 
Si seulement je pouvais en être digne...


Une vie courageuse passée au service de l'Honneur et de la Fidélité

Voici quelques pierres de la vie du Commandant Hélie de Saint Marc, à travers des extraits de ses ouvrages lumineux...


"Si je rencontrais demain, au coin d’une rue, l’adolescent que j’ai été, 
je voudrais qu’il n’aie pas à rougir de ce que je suis devenu. 
Je portais en moi une fièvre d’absolu. 
Avec impatience, je rêvais d’un grand départ vers un avenir lointain.
Cependant, je sais à présent combien il est difficile 
de vivre une existence « simplement honorable », au sens de Montaigne, 
sans trahir les rêves de ses vingt ans. 
("Toute une vie")



1922-1940, La jeunesse, le secret des combes et les rêves.

L'enfance, dans le Périgord
"Du plus loin qu'il m'en souvienne, aucun Saint Marc, avant ma génération, n'a vécu en dehors du Périgord."
"Mon caractère était solitaire et silencieux. Je ne me trouvais pas séduisant. Élève en queue de peloton, je compensais ces handicaps par le goût de l’effort physique. Je m’adonnais à la bicyclette des heures durant, ou à la natation dans des ruisseaux glacés, peu profonds et grouillants de vie. J’ai éprouvé une grande joie physique et psychique à communier avec la nature et à repousser mes propres limites. C’était ma part de liberté à une époque où j’en avais peu."  ("Toute une vie")
"J'aimais la vie d'un amour pur, comme seuls les enfants savent en éprouver, entier, aveugle, inconscient, déroutant. Je dévalais les combes du Périgord comme si mon avenir en dépendait (...) cette existence pleine de saveurs provoquait en moi une joie presque animale"
Je dois à mon enfance la conscience de la Nature. Il me suffit de fermer les yeux pour revoir ces images transparentes de pur bonheur qui n'ont pas été effacées par mes années de braise" ("Les sentinelles du soir")



1940-1943, Dans la Clandestinité et la Résistance.

La guerre, dans l'Ombre
"Ma résistance a grandi en chemin. Au départ, c’était un jeu, un défi, (...) C’est en résistant que je suis devenu résistant. En discutant avec mon chef de réseau, le colonel Arnould, j’ai pris conscience que mon rejet de l’occupant participait à un mouvement plus vaste, que c’était une attitude de vie, une éthique qui marquerait toute ma vie."
"A vingt ans j'étais déjà un homme de rupture. Lorsque je fais un choix, je n'ai pas pour habitude de m'arrêter en chemin" 
"La Résistance était vraiment le parti de l’ombre. Je voudrais insister sur l’humilité des résistants, aujourd’hui oubliée au profit des morceaux de bravoure ou des jeux d’appareil. Un acte aussi banal que celui d’accueillir une boîte aux lettres clandestine n’avait rien de glorieux en soi. Un réseau demandait peu de choses à ses correspondants : cacher trois levées par mois au fond d’un tiroir, prêter de temps en temps un bout de garage… Mais une fois découvert, ce presque rien prenait une autre dimension, qui était celle de l’héroïsme. Les anonymes pouvaient être arrêtés, torturés et déportés." ("Toute une vie")



1943-1945, Dans la Nuit et le Brouillard.

La déportation, dans l'Enfer
"Il arrive un palier dans la souffrance où l'Homme ne s'appartient plus.(...) Les déportés que j'ai découvert avaient un regard unique. Il n'y avait plus d'étincelle ni d'attention. c'était un regard tourné vers la mort, un regard absent. J'étais effrayé."
"Un homme nu, battu, humilié, reste un homme s’il garde sa propre dignité. Vivre, ce n’est pas exister à n’importe quel prix. Personne ne peut voler l’âme d’autrui si la victime n’y consent pas. La déportation m’a appris ce que pouvait être le sens d’une vie humaine : combattre pour sauvegarder ce filet d’esprit que nous recevons en naissant et que nous rendons en mourant." ("Toute une vie")
"Les Américains ont trouvé dans nos baraques d'agonie des squelettes sans eau et sans mémoire. Au réveil nous avons du prendre sur nous le fardeau du souvenir" ("Les sentinelles du soir")
"Il ne restait plus en nous que le réduit intérieur, cette peau de chagrin révélée par l'épreuve.(...) En revenant parmi les vivants, j'ai du vivre avec le silence. C'est la seule réponse que j'avais trouvé, le seul linceul qui me parut digne de notre maison des morts." ("Toute une vie")



1945-1961, Dans l'Armée et la Légion Étrangère.

L'armée, dans la Légion
"Ma passion pour la Légion est sans doute liée à la méfiance pour la comédie humaine que j'ai acquise dans les camps de concentration"
"Les légionnaires... On leur dit "va !" et ils vont. ils vont à leur destin obscur et funèbre (...) ils croyaient à un idéal à leur mesure. Ils voulaient tout simplement aller ensemble jusqu'au bout de leur destin. En entrant dans la Légion, j'ai voulu être digne de leur silence. Ils me faisaient penser à ces minerais dont seule la cassure trahit la nature intérieure."  ("Toute une vie")
"Pour commander de tels hommes, qui semblaient jouer et mourir de la même manière, il fallait les comprendre et - j'hésite à utiliser ce mot - les aimer. Je ne le disais jamais et ne le montrais encore moins (...) Je voulais leur donner un respect à la hauteur de ce qu'ils avaient perdu."
"Je partageais avec eux la vision de trop de morts. (...) ils recherchaient le combat, non pour tuer mais pour ce qu'il implique de dépouillement, seul manteau capable de recouvrir leurs blessures."
"Ces êtres étranges portaient à la fois le chaos et la pureté, une grande brutalité et un mysticisme à fleur de peau. (...) Laissés sur le tapis de l'Histoire, ils se vivaient comme des Réprouvés. leur métier les conduisaient à avoir des rapports avec les choses les plus simples : le courage, la peur, la sueur , le sang, la Mort. Ils étaient fait de passions extrêmes" ("L'Aventure et l'Espérance")



1948-1954, Dans la Boue des Rizières.

L'aventure, dans le Soleil d'Asie
"Les paysages nous attirent dans la mesure où ils sont le miroir de notre perception intérieure. Je me retrouvais au Vietnam dans un élément à la hauteur de mes émotions. Cette nature extrême empêche l’homme de se croire le maître des choses. (...) Vivre dans ce décor oblige à composer avec l’ordre du monde. La nature prévient les hommes de ce pays des illusions qui sont les nôtres. Ils sont provisoires et ils le savent, quand nous nous croyons puissants et éternels."
"L'eau et la terre étaient des frontières incertaines. La boue devint rapidement un élément familier. Elle fourmillait de graines. C'était une terre de premier matin du monde, épaisse et collante"
"Après avoir connu l'humiliation de chaque jour en déportation, je m'étais fondu avec bonheur dans la politesse du Vietnam, qui n'est pas un attendrissement, mais une manière de préserver l'humanité en soi"
"Cette vie me rentrait dans la peau comme un alcool fort"
"Je découvrais un monde perdu, d'une beauté à couper le souffle, dont je régulais l'existence. (...) Il existe dans une vie d'Homme des jours comme ceux là, où les forces qui l'habitent concordent et se rejoignent. Il s'agit d'une sorte de pic de l'existence, un bonheur unique dont on sent immédiatement qu'il faut en extraire le suc car il ne reviendra pas." ("Toute une vie")



1954, la "Blessure Jaune"

L'abandon, dans la Honte
"Le Vietnam ne croit pas à la grandeur de la pierre. Ils se nourrit des disciplines de l’esprit : la calligraphie, la méditation, l’acupuncture, la peinture. J’ai rencontré des érudits presque transparents à force d’études. Les plus beaux monuments qui se visitent au Vietnam, ce sont les hommes."
"Les mains qui s’accrochaient aux ridelles recevaient des coups de crosse jusqu’à tomber dans la poussière. Certains criaient, suppliaient. D’autres nous regardaient simplement, et leur incompréhension rendait notre trahison plus effroyable encore. 
"Lorsqu’il fallut quitter le Vietnam, nous étions cette armée de sentinelles que le ciel découpe au lointain : chacun veillait sur ses souvenirs. Que faire de la guerre lorsqu’elle est finie ? Nous sommes devenus des orphelins. (...) Mais l’arrachement ne doit pas faire oublier ce que l’Indochine nous a donné. A nous qui devions donner la mort, cette guerre a enseigné l’éblouissement de la vie. Elle nous a appris la fragilité de l’instant, l’ordre parallèle des choses. Elle a uni notre sang à celui des Vietnamiens. (...) Je portais dans mon paquetage des fleurs séchées, des cicatrices amères et des rêves qui ne voulaient pas s’éteindre. J’allais devoir vivre la suite de mon existence avec cette blessure".("Toute une vie").
"Les hommes et les femmes, les légionnaires et moi, avons été réduits à notre état naturel de brindilles dans le vent de l’Histoire." ("Les sentinelles du soir")



1954-1961, Dans la Fournaise des Djebels


L'obéissance, dans le Doute
"Au fil des mois, nous avons appris à connaître l’Algérie, si tant est que l’on puisse maîtriser un jour les mystères de ce pays. Notre apprentissage fut d’abord physique. (...) Je me souviens du jour où nous avons croisé, dans un murmure, les premières caravanes. Le visage figé des nomades, creusé par le vent et le dénuement, marchant avec une noblesse venue du fond des âges. C’était l’Algérie du silence et de l’absolu." (...) 
"Personne ne savait vraiment au nom de quoi au nom de qui nous combattions. L’assistance apportée aux musulmans ne pouvait suffire. (...) Comment bâtir la paix ? Egalité des droits, fédération, association… De jour comme de nuit, ces débats nous accompagnaient. J’avais parfois des insomnies. La nuit, j’allais sur le balcon écouter le murmure de la baie pour calmer mon inquiétude. Chaque jour, il fallait trier tant d’émotions contradictoires ! Nous pressentions tous qu'un orage était dans l’air, sans savoir ni où, ni quand, ni comment il allait éclater".
"Un soldat qui se bat a besoin de se battre pour quelque chose. Le verbe a sa part dans l’appel au courage. Mais la confusion des genres et le double discours qui prévalaient en Algérie ne me plaisaient pas. Depuis 1940, le doute était notre compagnon. Je me donnai pour règle de ne jamais mentir. (...) Après tant de désillusions les mots de l'obéissance commençaient à sonner creux."
"En quelque secondes, je suis passé du statut d'officier discipliné à celui de rebelle (...). Sur la lame du rasoir, j'ai fait basculer mon destin" ("Toute une vie")



1961, La Rupture et le Putsch

La rébellion, dans l'Honneur
"Ce que j’ai à dire sera simple et sera court. Depuis mon âge d’homme, Monsieur le président, j’ai vécu pas mal d’épreuves: la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez, et puis encore la guerre d’Algérie… 
En Algérie, après bien des équivoques, après bien des tâtonnements, nous avions reçu une mission claire: vaincre l’adversaire, maintenir l’intégrité du patrimoine national, y promouvoir la justice raciale, l’égalité politique. On nous a fait faire tous les métiers, oui, tous les métiers, parce que personne ne pouvait ou ne voulait les faire. Nous avons mis dans l’accomplissement de notre mission, souvent ingrate, parfois amère, toute notre foi, toute notre jeunesse, tout notre enthousiasme. Nous y avons laissé le meilleur de nous-mêmes. 
Nous y avons gagné l’indifférence, l’incompréhension  de beaucoup, les injures de certains. Des milliers de nos camarades sont morts en accomplissant cette mission. Des dizaines de milliers de musulmans se sont joints à nous comme camarades de combat, partageant nos peines, nos souffrances, nos espoirs, nos craintes. Nombreux sont ceux qui sont tombés à nos côtés. Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours. 
Et puis un jour, on nous a expliqué que cette mission était changée. Je ne parlerai pas de cette évolution incompréhensible pour nous. Tout le monde la connaît. Et un soir, pas tellement lointain, on nous a dit qu’il fallait apprendre à envisager l’abandon possible de l’Algérie, de cette terre si passionnément aimée, et cela d’un cœur léger. Alors nous avons pleuré.  L’angoisse a fait place en nos cœurs au désespoir. Nous nous souvenions de quinze années de sacrifices inutiles, de quinze années d’abus de confiance et de reniement. Nous nous souvenions de l’évacuation de la Haute-Région, des villageois accrochés à nos camions, qui, à bout de forces, tombaient en pleurant dans la poussière de la route. Nous nous souvenions de Diên Biên Phû, de l’entrée du Vietminh à Hanoï. Nous nous souvenions de la stupeur et du mépris de nos camarades de combat vietnamiens en apprenant notre départ du Tonkin. Nous nous souvenions des villages abandonnés par nous et dont les habitants avaient été massacrés. Nous nous souvenions des milliers de Tonkinois se jetant à la mer pour rejoindre les bateaux français. 
Nous pensions à toutes ces promesses solennelles faites sur cette terre d’Afrique. Nous pensions à tous ces hommes, à toutes ces femmes, à tous ces jeunes qui avaient choisi la France à cause de nous et qui, à cause de nous, risquaient chaque jour, à chaque instant, une mort affreuse. Nous pensions à ces inscriptions qui recouvrent les murs de tous ces villages et mechtas d’Algérie : “ L’Armée nous protégera, l’armée restera “. Nous pensions à notre honneur perdu. Alors le général Challe est arrivé, ce grand chef que nous aimions et que nous admirions et qui, comme le maréchal de Lattre en Indochine, avait su nous donner l’espoir et la victoire. 
Le général Challe m’a vu. Il m’a rappelé la situation militaire. Il m’a dit qu’il fallait terminer une victoire presque entièrement acquise et qu’il était venu pour cela. Il m’a dit que nous devions rester fidèles aux combattants, aux populations européennes et musulmanes qui s’étaient engagées à nos côtés. Que nous devions sauver notre honneur. Alors j’ai suivi le général Challe. Et aujourd’hui, je suis devant vous pour répondre de mes actes et de ceux des officiers du 1er REP, car ils ont agi sur mes ordres. 
Monsieur le président, on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer. Oh ! je sais, Monsieur le président, il y a l’obéissance, il y a la discipline. Ce drame de la discipline militaire a été douloureusement vécu par la génération d’officiers qui nous a précédés, par nos aînés.  Nous-mêmes l’avons connu, à notre petit échelon, jadis, comme élèves officiers ou comme jeunes garçons préparant Saint-Cyr. Croyez bien que ce drame de la discipline a pesé de nouveau lourdement et douloureusement sur nos épaules, devant le destin de l’Algérie, terre ardente et courageuse, à laquelle nous sommes attachés aussi passionnément que nos provinces natales. 
Monsieur le président, j’ai sacrifié vingt années de ma vie à la France. Depuis quinze ans, je suis officier de Légion.  Depuis quinze ans, je me bats. Depuis quinze ans j’ai vu mourir pour la France des légionnaires, étrangers peut-être par le sang reçu, mais français par le sang versé.  C’est en pensant à mes camarades, à mes sous-officiers, à mes légionnaires tombés au champ d’honneur, que le 21 avril, à treize heure trente, devant le général Challe, j’ai fait mon libre choix. 
Terminé, Monsieur le président. » 
(Déclaration d’Hélie Denoix de Saint Marc devant le haut tribunal militaire, le 5 juin 1961.)




1961-1966, L'injustice et l'opprobre 


Le combat, dans la Solitude
"J'ai voulu dire Non, arrêter la machine infernale, J'ai accepté de tout perdre et j'ai tout perdu. L'honneur est un acte de pauvre. Il suppose le dépouillement : mettre tout en péril pour ne pas déchoir, garder le silence sous la torture, choisir l'exil, le dénuement ou la prison plutôt que la soumission."
"Une heure, un jour, j’ai tout perdu. Je me suis retrouvé seul dans une cellule. J’ai compris alors la vanité de bien des choses et l’hypocrisie de bien des hommes."
"J’ai compris en prison ce que pouvait être la vocation monastique, la contemplation. Certes, le moine choisit sa condition. Mais le monastère et la détention sont des expériences similaires. Dehors, la liberté se dissout parfois dans l’agitation. L’enfermement peut développer une force intérieure qui peut être plus grande que la violence qui nous est faite. C’est ce qui m’a sauvé plusieurs fois dans ma vie."
"J'ai réalisé alors qu'il n'y avait pas d'actes neutres dans une vie. Même les plus minces ont un poids. Il existe des actes de bassesse et des actes d'altitude. Rien n'est jamais acquis, jamais. La persévérance est une forme très haute de courage." 
"A ma sortie, en dehors de l'oasis familial, j'ai connu une sorte de trou noir. (...) je me sentais étranger dans un monde étranger." ("Toute une vie")



1966-2013, La Reconstruction dans le Souvenir

La Noblesse, dans l'Humilité
"Je garde un souvenir cauchemardesque de mes recherches pour trouver du travail. (...) Les promesses des jours de fièvre s'envolaient les unes après les autres. J'essayais de "me vendre", cette expression la plus burlesque et la plus obscène de notre époque mercantile".
"Avec un travail et des amis, je repris peu à peu pied dans la vie des autres hommes. (...) Je voyais certains de mes camarades lutter avec les ombres. (...). Mes enfants sans doute, parce qu'elles étaient très jeunes me montrèrent le chemin de la clarté" ("Toute une vie")
"Faire partie des vaincus a au moins un avantage. On n'y trouve pas ses accommodations et ces intrigants qui foisonnent dans les parages des vainqueurs, et rarement cette fièvre de paraître qui est une maladie mortelle pour l'être humain" ("Les sentinelles du soir")
"Le souvenir n'est pas une tristesse, mais une respiration intérieure. Il est le signe que quelque chose s'est réellement passé dans notre existence : les passions et les jours ne se sont pas confondus ; notre cœur a gardé l'empreinte d'autrui."
"L'Histoire est un orage de fer qui hache les Hommes. après il faut recueillir les cendres, (...) C'est la dernière responsabilité qui nous incombe : éviter que nos enfants aient un jour les dents gâtées par les raisins verts de l'oubli. Ecrire et raconter, inlassablement, non pour juger mais pour expliquer. ouvrir la porte de ceux qui cherchent une trace du passé et qui refusent le silence, repiquer chaque matin le riz de nos souvenirs" ("Toute une vie")


Hélie de Saint Marc, Éveilleur de conscience


Le Commandant  n'est pas un Homme du passé, mais un témoin de notre temps tourné vers l'avenir. Les souffrances et les trahisons vécues par lui sont autant de blés qu'ils nous offrent à moissonner pour que sa sagesse nourrisse notre espérance.

Comment cueillir dans le champ de sa sagesse un bouquet de fleurs à vous offrir ? Elles sont toutes belles et vivifiantes et je ne peux que vous inviter qu'à lire ou relire cet Homme dont l'humilité n'a d'égale que sa grandeur d'âme.


"L'Histoire n'est pas une matière abstraite. A la hauteur de l'individu, c'est un champ de braises dans lequel il faut bien avancer. Les valeurs qui m'ont animé ne sont peut-être pas l'Alpha et l'Oméga de la Nature humaine, mais elles ont leur grandeur. J'en ai éprouvé la nécessité. Chaque génération, même su elle en a l'illusion, ne sors pas du néant. l'esprit humain ne change pas, les ornières sont les mêmes. il vaut mieux comprendre avant de juger, au risque de connaître les mêmes déchirements que ceux que nous avons connus." ("Toute une vie")

"Je crains les êtres gonflés de certitudes. Ils me semblent tellement inconscients de la complexité des choses … Pour ma part, j’avance au milieu d’incertitudes. J’ai vécu trop d’épreuves pour me laisser prendre au miroir aux alouettes."  

"Les adolescents d’aujourd’hui ont peur d’employer des mots comme la fidélité, l’honneur, l’idéal ou le courage. Sans doute ont-ils l’impression que l’on joue avec ces valeurs – et que l’on joue avec eux. Ils savent que leurs aînés se sont abîmé les ailes. Je voudrais leur expliquer comment les valeurs de l’engagement ont été la clef de voûte de mon existence, comment je me suis brûlé à elles, et comment elles m’ont porté. Il serait criminel de dérouler devant eux un tapis rouge et de leur faire croire qu’il est facile d’agir.
La noblesse du destin. humain, c’est aussi l’inquiétude, l’interrogation, les choix douloureux qui ne font ni vainqueur ni vaincu." (Relevé sur son site)

"Ai-je toujours été fidèle ? Ai-je toujours agi selon l’honneur ? J’ai essayé, sans jamais y parvenir entièrement, d’être digne des autres et de la vie. Je ne connais pas de vérité tranquille. Je veux ajouter de la vie aux années qui me restent, témoigner de tout ce qui dure, retrouver la vérité de l’enfant que j’ai été. Simplement essayer d’être un homme."

"Un ami m’a dit un jour : « tu as fait de mauvais choix, puisque tu as échoué ». Je connais des réussites qui me font vomir. J’ai échoué, mais l’homme au fond de moi a été vivifié." 


"Ma mémoire est une page blanche 
où quelques caractères seulement, 
comme des clous enfoncés dans le bois, 
disent mes sentiments"
("Toute une vie")
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DÉCORATIONS




Grand-croix de la Légion d'honneur, en date du 25 novembre 2011.
Croix de guerre 1939-1945 avec 1 citation
Croix de guerre des TOE avec 8 citations
Croix de la valeur militaire avec 4 citations
Médaille de la résistance
Croix du combattant volontaire de la Résistance
Croix du combattant
Médaille coloniale avec agrafe « Extrême-Orient »
Médaille commémorative de la guerre 1939-1945
Médaille de la déportation et de l'internement pour faits de Résistance
Médaille commémorative de la campagne d'Indochine
Médaille commémorative des opérations du Moyen-Orient (1956)
Médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l'ordre en Afrique du Nord (1958) avec agrafes « Algérie » et « Tunisie »
Insigne des blessés militaires (2)

Officier dans l'ordre du mérite civil Taï Sip Hoc Chau




BIBLIOGRAPHIE

Les Champs de braises. Mémoires avec Laurent Beccaria, édition Perrin, 1995, (ISBN 2262011184) , Prix littéraire de l'armée de terre - Erwan Bergot en 1995, Prix Femina essai en 1996.

Les Sentinelles du soir, édition Les Arènes, 1999, (ISBN 2912485029)

Indochine, notre guerre orpheline, édition Les Arènes, 2000, (ISBN 2912485207)

Notre histoire (1922-1945) avec August von Kageneck, conversations recueillies par Étienne de Montety, édition Les Arènes, 2002, (ISBN 2912485347)

Die Wächter des Abends, Édition Atlantis, 2000, (ISBN 3932711513)8
Asche und Glut. Erinnerungen. Résistance und KZ Buchenwald. Fallschirmjäger der Fremdenlegion. Indochina und Algerienkrieg. Putsch gegen de Gaulle, Édition Atlantis, 1998, 2003, (ISBN 3932711505)9

Toute une vie ou Paroles d'Hélie de Saint MarC écrit en collaboration avec Laurent Beccaria, volume comprenant un CD audio d'émission radiophonique, édition Les Arènes, 2004, (ISBN 2912485770)

La Guerre d'Algérie 1954-1962, avec Patrick Buisson, préface de Michel Déon (avec DVD), Albin Michel, 2009 (ISBN 222618175X)

L’Aventure et l’Espérance, édition Les Arènes, 2010, (ISBN 9782352040910)


BIBLIOGRAPHIE

Hélie de Saint-Marc, par Laurent Beccaria, éd. Perrin, 1989 ; rééd. « Tempus », 2008.


ARTICLES DIVERS (en cours de réalisation)

2009 - Interview - Le Déporté - Le lien ici : HDSM - 2009 - Le déporté
2010 - Reportage - People at Home - Le lien ici : HDSM - 2010 - People at Home
2010 - Interview - Le Progrès - le lien ici : HDSM - 2010 - Le Progrès
2010 - Reportage - Valeurs actuelles - Le lien ici : HDSM - 2010 - Valeurs actuelles
2011 - Interview - Le Lyonnais - Le lien ici : HDSM - 2011 - Le Lyonnais
2012 - Hommage - (Non identifié) - Le lien ici : HDSM - 2012 - Hommage du général Declety


VIDÉOS (en cours de réalisation)


DOCUMENTS SONORES (en cours de réalisation)


SUR CE BLOG
Divers articles, citant ou traitant de la vie du Commandant - Le Lien ici : Hélie de Saint Marc



"Le monde ne sera sauvé, s'il peut l'être, que par des insoumis" 
(André Gide)


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Publié le 25 août 2013

La "Blessure jaune"

Dans ce premier article, nous évoquerons l'Histoire du peuple Hmong et le drame vécu au Vietnam

Le 27 octobre 2011, le colonel Jambon, commandeur de la Légion d'Honneur, choqué par la décision de la Thaïlande de renvoyer au Laos 4.200 Hmongs qui avaient fui les persécutions du régime communiste, se suicide devant le monument aux mort d'Indochine à Dinan. Cette "dernière cartouche, ultime combat pour une cause orpheline" est avant tout un "acte de guerre" destiné a briser l'indifférence indigne des gouvernements et des médias qui, ignorant le génocide des Hmongs du Laos, prolongent la honte et jettent du sel sur cette "blessure jaune" toujours ouverte dans les coeurs...


"Les mains qui s’accrochaient aux ridelles recevaient des coups de crosse jusqu’à tomber dans la poussière. Certains criaient, suppliaient. D’autres nous regardaient simplement, et leur incompréhension rendait notre trahison plus effroyable encore. 
(...) Les hommes et les femmes, les légionnaires et moi, avons été réduits à notre état naturel de brindilles dans le vent de l’Histoire. La vallée s’y attendait sans doute, avec sa mémoire qui remontait loin. 
« Le chagrin de la guerre, dans le cœur d’un soldat, est semblable à celui de l’amour : une sorte de nostalgie, d’infinie tristesse, dans un monde qu’il ne reconnaît plus. Il ne lui reste plus que le chagrin d’avoir survécu », a écrit l’écrivain vietnamien Bao Ninh. Mais l’arrachement ne doit pas faire oublier ce que l’Indochine nous a donné. A nous qui devions donner la mort, cette guerre a enseigné l’éblouissement de la vie. Elle nous a appris la fragilité de l’instant, l’ordre parallèle des choses.
(...) Je portais dans mon paquetage des fleurs séchées, des cicatrices amères et des rêves qui ne voulaient pas s’éteindre. J’allais devoir vivre la suite de mon existence avec cette blessure."

Hélie de Saint Marc "Toute une vie" 2004 (extraits)

"Supplétif" Hmong, mortellement blessé en Indochine
350 000 indochinois se battirent au côté des français contre le Vietminh entre 1945 et 1954 : Annam, Muong, Thaï, Nung, Hmong, Tho ... Assignés initialement à des tâches défensives au sein des "gardes territoriaux", à partir de 1947, ces "partisans" organisés en "Compagnies de Supplétifs Militaires" furent engagés progressivement dans les opérations offensives. En 1950, le conflit poursuit sa "vietnamisation" avec la création de l'"Armée Nationale Vietnamienne", et les partisans organisent alors une contre guérilla depuis les maquis "Maquis Autochtones du Tonkin", et le conflit colonial devient une guerre civile... 
Depuis la fin des guerres d'Indochine et du Vietnam, les hmongs, abandonnés par les français et les américains subissent la vengeance des vainqueurs qui les persécutent, dans leurs montagnes d'où il tentent d'ultimes et désespérées résistances, quand ils ne peuvent fuir vers les pays auxquels ils sont toujours restés fidèles.

Détail d'une broderie hmong à Cacao en Guyane, décrivant les travaux agricoles quotidiens  
Au coeur de la forêt tropicale guyanaise, des familles laotiennes ont trouvé refuge loin de la misère des camps thailandais ou des persécutions communistes, et ils vivent désormais , nichées entre les méandres silencieux des rivières accueillantes. Depuis plus de trente ans, ces agriculteurs avec courage et patience apportent leur pierre d'angle au développement de la Guyane, et perpétuent la mémoire et les traditions du peuple Hmong, dispersé par les vents de l'Histoire.

En 1977, "Cacao" est un petit hameau, au sud de Cayenne, au bord d'une rivière désertée où les lianes montent à l'assaut des ruines de passé, sous le regard nostalgique des anciens qui sont restés là. Avec l'arrivée des réfugiés Hmongs, ce village va connaître une renaissance, suivit deux ans plus tard par celle de  Javouhey, petit village dans l'Ouest de la Guyane qui accueille une deuxième communauté laotienne, puis Rococoua et Corossony en 1990.

Ya Txong Txi ancien combattant

Femme au marché de Cacao
Si vous allez dans ces paisibles villages, ou au hasard d'un marché guyanais, vous rencontrerez ces frêles silhouettes dansantes dans les couleurs fusionnées des costumes chamarrés et des fruits sucrés... Et si vous croisez leur regard vous y verrez briller l'éclat de la noble histoire de ceux qu'on appelait                                                                             
                                                                                                                    "Les Seigneurs aux pieds nus"


LES HMONGS,  UN PEUPLE DE L'EXIL

« …Ce peuple a fait son entrée dans l’histoire les armes à la main, il y a plus de quatre mille ans, et ces armes, il ne les a jamais déposées depuis. Depuis plus de quatre mille ans, il a été obligé de combattre constamment pour sa liberté. Aucun autre peuple au monde n’a jamais payé aussi cher sa place au soleil » Père Savina, "Histoire des Miao"

Les légendes des Hmongs attestent de l'origine lointaine de ce peuple migrateur, appartenant au groupe ethno-linguistique des "Miao-Yao" et vraisemblablement originaire des lointaines Sibérie et Mongolie actuelles ddont certains groupes conservent des légendes, pratiques chamaniques et des éléments vestimentaires traditionnels . Descendus en Chine, où les premiers témoignages de leur existence sont rapportés, les Hmongs, qui refusent d'être assimilés à la culture chinoise subissent des persécutions. Le terme "Miao" devient péjoratif et synonyme de "barbare" et,  de conflits en conflits les chinois repoussent les Hmongs vers le Sud Est asiatique où ils arrivent à la fin du XVIIIème siècle.      

"L'eau est aux poissons, l'air aux oiseaux, la montagne est aux Méos" Proverbe Hmong. Farouchement attachés à leur liberté et leur identité, les Hmongs développent une tradition guerrière et font des montagnes du Tonkin, du Laos et de la Thailande leur sanctuaire éloigné des plaines peuplées par les ethnies majoritaires. 


LES HMONGS PENDANT LA GUERRE D'INDOCHINE

"Les Méos constituent une race absolument impossible à dominer, anarchique et libertaire par nature" Martial Dassé. "Ils peuvent supporter d’être gouvernés par des étrangers, de dépendre de qui que ce soit, ni de se mélanger avec aucun autre peuple. Cela explique leurs guerres continuelles à travers les montagnes d’Asie. Ils n’ont jamais eu de patrie propre, mais jamais non plus ils n’ont connu la servitude et l’esclavage…" Jean Lartéguy

Au XIXème siècle, les français vont conquérir l'Indochine et s'appuyer sur un pouvoir local et un système d'impôts et de corvées. Les Hmongs vont rapidement refuser le joug étranger et ses abus, comme au Laos, où ils sont obligés payer deux impôts : un au chef laotien et un autre aux Français. De violentes insurrections amènent le gouvernement français a accorder plus d'autonomie aux Hmongs, notamment suite à la "Révolte du fou" au début du XXème siècle. 

Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, les japonais occupent l'Indochine et de nombreux français trouvent refuge auprès des Hmongs qui les cachent dans leurs montagnes. L'affaiblissement du système colonial fait naître des divisions en Indochine, notamment entre les royalistes laotiens pro-français, et les nationalistes pro japonais qui deviendront par la suite allié du Vietminh qui déclenche la 1ère Guerre du Vietnam en septembre 1945.

Pour ne pas tomber sous la botte communiste, les Hmongs vont s'engager aux côtés des Français, constituant le fer de lance de des partisans engagés sur les théâtres d'opérations conventionnels mais surtout dans les opérations clandestines qui s'appuient sur leur parfaite connaissance du terrain et leur rusticité.


La reconnaissance française de leur engagement amène la constitution laotienne de 1949 a accorder  la citoyenneté laotienne aux Hmongs.

Pendant cette période tourmentée des chefs Hmongs vont s'illustrer au sein du Groupement de Commandos Mixtes Aéroportés (GCMA), forces spéciales françaises, comme par exemple Hmong Chau Quang Lo qui défendit avec acharnement la région de Lao Chai, à frontière sino-vietnamienne de 1947 à 1952, ou Touby Lyfoung qui aida donc le GCMA à organiser le maquis Hmong... 

Mais c'est un jeune Hmong, Vang Pao qui va surtout incarner la résistance Hmong face au communisme, en tentant notamment de secourir avec le Capitaine Sassi, le corps expéditionnaire français encerclé à Dien Bien Phu (Voir la vidéo "Opération D", ci après) 

Après la chute de Dien Bien Phu, les combattants Hmongs abandonnés par le gouvernement fançais, ignorés par les accords de Genève sont persécutés et s'enfuient par milliers vers le Laos.


Le colonel Jean Sassi écrira plus tard : « Un hommage solennel doit être rendu à nos partisans Méos, Laos, Thaïs et à leurs populations qui, pendant des années de lourds sacrifices et de combats meurtriers à nos côtés, ont largement prouvé que la France était leur patrie, tout autant que l’Indochine était devenue la nôtre. »
                                                                                                                                                   
DOCUMENT DE 1954 - GCMA  HMONG
"Opération D"  du 28 avril 1954 au 10 mai 1954


LES HMONGS PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM


Général Vang Pao
Dans le cadre de la Guerre Froide, les USA reprennent le flambeau de la lutte anti communiste dans un Vietnam divisé en deux. De 1954 à 1964, les coups d'Etat et manœuvres politiques se succédèent, fomentés tantôt par les américains, tantôt par les nord-vietnamiens. Les accrochages et les bombardements deviennent de plus en plus violents jusqu'en août 1964, où les USA entre officiellement en guerre.  Et la région s'embrase à nouveau...

Conscients de l’importance stratégique du Laos pour le contrôle de la péninsule indochinoise, les Etats-Unis prirent la place de la France auprès des royalistes. De l’autre côté, le Vietcong, nouveau nom du Vietminh, épaulait depuis longtemps déjà le Pathet Lao nationaliste. 

Officiellement neutre, le Laos fut le théâtre d'opérations secrètes menées à partir de 1961 par la "Central Intelligence Agency" (CIA). Cette dernière s'appuya principalement sur les Hmongs et Vang Pao devenu leader et qui met sur pied une armée secrète pour combattre le Vietcong au Nord tandis que d'autres ethnies sont chargées de couper la piste Hô Chi Minh, au sud.

Hmong servant la CIA
De terribles combats terribles vont opposer le Pathet Lao et les troupes des forces spéciales de la CIA. Vang Pao remporte des victoires. Il devient Commandant de la 2ème Région militaire et contrôle depuis Long Chen tout le Nord du Laos.

La Guerre au Vietnam s'enlise et devant la pression internationale, les américains abandonnent officiellement la région au Vietcong le 17 janvier 1973 au traité de Paris.  

Mais les combats vont se poursuivent quant à eux jusqu'en 1975, jusqu'à la chute du Nord Laos et l'abdication du prince Souvanna Phouma.

Une fois de plus, les  "partisans" Hmongs sont abandonnés à la vengeance de leurs ennemis, dans une totale indifférence. Plus tard, le prince Souvanna déclarera : "Les Méos m’ont bien servi, Vang Pao s’est bien battu pour moi. Les Méos ont été de bons soldats, il est dommage que la paix soit au prix de leur disparition". Sans commentaire !



LES HMONGS, ENTRE EXODE ET RÉSISTANCE

Le 9 mai 1975, le journal du Pathet Lao (Khao Xane) donne la position du parti sur les Hmongs, considérés comme les traîtres de la nation : « Il faut extirper la minorité Hmong jusqu’à la racine"

Lorsque le Laos bascule définitivement, avec la prise du pouvoir du Pathet Lao, le général Vang Pao organise la résistance autour du massif de Phou Bia. Cette résistance, nommée « Chao Fa » fut écrasée en 1978 par une opération vietnamo-laotienne qui utilisa pour la première fois l'arme chimique . La résistance se dispersa alors dans des zones plus reculées dites « interdites » des provinces de Xaisomboun et Bolikhamxai. Aujourd'hui, les représailles militaires, les conditions sanitaires difficiles, la famine limitent leur combat à leur propre survie. Alors qu’ils étaient plus de 30 000 en 1975, ils ne sont plus estimés qu’à moins de 8000 personnes. 

A côté de ces rebelles héroïques, à  la fin de la guerre, plus de 45 000 réfugiés vont affluer vers la Thaïlande, fuyant les combats et les persécutions. Ils sont parqués dans des camps, hâtivement montés à Ban Vinai, Nong Khai, Ban Nam Yao et Chieng Kham.

De l'autre côté de la frontière ceux qui ont survécu aux massacres pour ceux qui sont arrêtés, sont internés dans des "camps de rééducation" et travaux forcés. Pour d'autres, accrochés courageusement à leur liberté,  ils reprennent le maquis au coeur de leurs forêts montagneuses et poursuivent une lutte désespérée avec des moyens dérisoires et vétustes.

Au total ce sont plus de 100 000 réfugiés qui s'entassent depuis quarante ans dans des camps vétustes et misérables d'une Thaïlande qui ne leur reconnait pas le statut de réfugiés, mais celui "d'immigrant économique illégal, bloquant ainsi toute possibilité d'intégration locale. Pire, depuis les années 1990 les camps sont progressivement fermés, et leurs occupants terrorisés, renvoyés de force vers leurs bourreaux.


Pour désengorger la Thaïlande, les pays occidentaux accueillirent entre 1977 et 2005, plusieurs vagues de réfugiés, dont 12 000 environ en France dont un millier en Guyane. Mais cela ne doit pas faire oublier la situation de ceux et celles qui sont restés prisonniers de leur destin et de leur fidélité. 

Car si les canons des puissants se sont tus depuis longtemps, les larmes et le sang continuent de couler dans l'indifférence générale des nations "civilisées".

Ceux qui avaient choisi l'opposition au communisme voient leur situation empirer : expulsions forcées, emprisonnement, déportations vers de camps de travaux forcés, persécutions ségrégations diverses, jusqu'aux profanations de leurs sépultures...

Certains dans leur désespoir d'être un jour entendus, rejoignent les survivants et sous les frondaisons secrètes des vallées anciennes, ils veillent sur leurs derniers lambeaux de liberté serrant dans leurs poings les armes rouillés d'un autre temps.


"GUERRE SECRÈTE AU LAOS" 
Reportage "Envoyé Spécial" - 2005

Des rebelles Hmongs  sont aujourd'hui toujours cachés préférant la jungle au communisme, ils sont les derniers combattants de la Guerre du Vietnam, fantômes du passé, abandonnés à l'anéantissement... Il vont disparaître bientôt, contrairement à notre honte qui rongera éternellement nos consciences et nos coeurs blessés à qui ils offrent humblement et silencieusement un exemple de courage, de dignité et de fidélité....

Erwan Castel, Cayenne le 25 août 2013

A eux, le Respect et l'Honneur ! A nous la Honte et l'Opprobre !


"Lorsqu’il fallut quitter le Vietnam, nous étions cette armée de sentinelles que le ciel découpe au lointain : chacun veillait sur ses souvenirs. Que faire de la guerre lorsqu’elle est finie ? Nous sommes devenus des orphelins. Aujourd’hui encore, nous souffrons de savoir le Vietnam sous le joug : son peuple n’en a pas fini avec la dictature.  Mais l’arrachement ne doit pas faire oublier ce que l’Indochine nous a donné. A nous qui devions donner la mort, cette guerre a enseigné l’éblouissement de la vie. Elle nous a appris la fragilité de l’instant, l’ordre parallèle des choses. Elle a uni notre sang à celui des Vietnamiens. Il appartient désormais à chacun de transmettre ce témoin à ceux qui lui succèdent, comme les petites offrandes que les paysans déposaient devant l’autel des ancêtres : deux fleurs, une mangue, une prière enroulée dans une feuille de riz. "    
Hélie de Saint Marc "Toute une vie" 2004 (extraits)


"Je lie mon coeur à tous les hommes
Laissant mon amour embrasser cent horizons
Et mon âme se joindre à tant d'âmes qui souffrent
Pour qu'ainsi l'emportent les forces de la vie"

To Huu, poète révolutionnaire vietnamien 1920-2002
(Cité par Hélie de saint Marc dans "Les champs de braise")

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POUR DÉNONCER LE GÉNOCIDE DES HMONGS : 

Contre l'emprisonnement, les déportations et le massacre des Hmongs du Laos, Le lien ici : Pétition


POUR EN SAVOIR PLUS SUR LES HMONGS : (liste non exhaustive)

BIBLIOGRAPHIE
Montagnards Révoltes et Guerres Révolutionnaires en Asie du Sud-Est ContinentaleMartial Dassé, 1976.
La fabuleuse Aventure du Peuple de l’Opium, Jean Lartéguy, Presse de la Cité, 1979
Regards sur les hmongs de Guyane Française, Marie Odile Géraud, L'Harmattan 1993
Les Hmongs de Laos 1945-1975, Tiphanie Graal, 2006, Le Lien ici : Mémoire sur le hmongs 1945-1975
Les Maquis d’Indochine 1952-1954, Colonel Roger Trinquier ,Paris, Editions Albatros,

SUR LE NET
Inventaire des sources (en anglais) sur les hmong accessibles sur le net, Le lien ici : wwww.hmong
Site en français dédié à la Culture et à l'Histoire des Hmongs, Le lien ici : Peuple hmong
Site en anglais dédié à la Culture et à l'Histoire des Hmongs, Le lien ici : Gary Ye Lee
Article du Figaro magazine du 5 juillet 2008, Le lien ici Qui se souvient des hmongs ?
Documentaire, Raymond Adam et Jean Paul Jansenn, 1974, le lien ici : Le peuple hmong ou meo
Site de photographes hmongs contemporains , Le lien Ici : Hmong thrills

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Publié le 23 août 2013

"A mes Hommes qui sont morts."

"Lorsque l'oubli se creuse au long des tombes closes,
Je veillerai du moins et n'oublierai jamais."

Adjudant Chef Peter Gyuroka - Chef de section des pionniers du 1er Régiment Etranger 

Pierre Messmer (1916-2007) homme politique français traverse la période tourmentée de la 2° Guerre Mondiale puis des guerres de décolonisation qui suivirent. En 1940, il rejoint  le Général De Gaulle et, dans les rangs de la Légion, participe aux campagnes d'Afrique du Nord et de la Libération. Puis après une carrière dédiée à l'administration coloniale, de 1945 à 1959, il est Ministre des Armées du Général De Gaulle, de 1960 à 1969 et Premier ministre de Georges Pompidou de 1972 à 1974. Puis député de la Moselle de 1978 à 1988, il se consacrera à la politique de la Région Lorraine jusqu'en 1989. Il entre à l'Académie Française en 1999. 

A la fin de la Guerre d'Algérie, en 1962, Pierre Messmer, alors Ministre des Armées, est tiraillé entre ses sentiments personnels et ses devoirs de ministre et il se verra reprocher notamment l'abandon des harkis qui seront exterminés au départ des Français d'Algérie. 
Personnage ballotté par l'Histoire, Il reste que Pierre Messmer, bien que parfois paradoxal voire ambigu, gardera en son coeur la Légion Étrangère avec qui il a partagé des heures terribles et glorieuses, et, quand De Gaulle veut la dissoudre au moment du putsch d'Alger il se battra pour limiter la vengeance au 1er REP.
En 2005, au crépuscule de sa vie un hommage a été rendu par la Légion à cet homme, qui à travers les orages de l'Histoire et de la Politique a su garder en son coeur toujours vivante, la flamme de la Fidélité et de la Mémoire. Et L'hommage aux morts du Capitaine Borelli , anima cette ultime et émouvante rencontre entre des jeunes qui se souviennent et un ancien qui n'a pas oublié...
Hommage à Messmer, au collège de France en 2005

"A mes hommes qui sont morts" 

Poème dédié à la mémoire du Légionnaire Thiebald Streibler qui donna sa vie pour sauver le Capitaine de Borelli, le 3 Mars 1885 pendant le siège de Tuyen-Quang (Tonkin)

"Mes compagnons, c'est moi, mes bonnes gens de guerre,
C'est votre chef d'hier qui vient parler ici
De ce qu'on ne sait pas ou que l'on ne sait guère;
Mais morts, je vous salue, et je vous dis : Merci.

Il serait temps qu'en France on se prit de vergogne
A connaître aussi mal la vieille Légion,
De qui, pour l'avoir vue à sa dure besogne,
J'ai le très grand amour et la religion.

Or, écoutez ceci : "Déserteurs ! Mercenaires !
Ramassis d'étrangers sans honneur et sans foi !"
C'est de vous qu'il s'agit, de vous Légionnaires !
Ayez-en le cœur net, et demandez pourquoi ?

Sans honneur ? Ah ! Passons-Et sans foi ? Qu'est ce à dire ?
Que fallait il de plus et qu'aurait on voulu ?
N'avez-vous pas tenu, tenu jusqu'au martyr
La parole donnée et le marché conclu ?

Mercenaires ? Sans doute : il faut manger pour vivre;
Déserteurs ? Est-ce à nous de faire ce procès ?
Étrangers ? Soit. Après ? Selon quel nouveau livre
Le Maréchal de Saxe était-il donc Français ?

Et quand donc les Français voudront-ils bien entendre
Que la guerre se fait dent pour dent, œil pour œil,
Et que ces Étrangers qui sont morts, à tout prendre,
Chaque fois, en mourant, leur épargnaient un deuil ?

Aussi bien, c'est assez d'inutile colère,
Vous n'avez pas besoin d'être tant défendus :
- Voici le fleuve Rouge et la rivière Claire,
Et je parle, à vous seuls, de vous que j'ai perdus !

Jamais Garde de Roi, d'Empereur, d'Autocrate,
De Pape ou de Sultan; jamais nul régiment
Chamaré d'or, drapé d'azur ou d'écarlate,
N'alla d'un air plus mâle et plus superbement.

Vous aviez des bras forts et des tailles bien prises,
Que faisaient mieux valoir vos hardes en lambeaux;
Et je rajeunissais à voir vos barbes grises,
Et je tressaillais d'aise à vous trouver si beaux.

Votre allure était simple et jamais théâtrale;
Mais le moment venu, ce qu'il eut fallu voir,
C'était votre façon hautaine et magistrale
D'aborder le "Céleste" ou de le recevoir.

J'étais si sur de vous ! Et puis, s'il faut tout dire,
Nous nous étions compris : aussi de temps en temps,
Quand je vous regardais vous aviez un sourire,
Et moi je souriais de vous sentir content.

Vous aimiez, troupe rude et sans pédanterie,
Les hommes de plein air et non les professeurs;
Et l'on mettait, mon Dieu, de la coquetterie
A faire de son mieux, vous sachant connaisseurs.

Mais vous disiez alors : "La chose nous regarde,
Nous nous passerons bien d'exemples superflus;
Ordonnez, seulement, et prenez un peu garde,
On vous attend, - et nous, on ne nous attend plus !"

Et je voyais glisser sous votre front austère
Comme un clin d’œil ami doucement aiguisé,
Car vous aviez souvent épié le mystère
D'une lettre relue ou d'un portrait baisé.

N'ayant à vous ni nom, ni foyer, ni patrie,
Rien ou mettre l'orgueil de votre sang versé,
Humble renoncement, pure chevalerie,
C'était dans votre chef, que vous l'aviez placé.

Anonymes héros, nonchalants d’espérance,
Vous vouliez, n'est -ce pas ? qu'à l'heure du retour,
Quand il mettrait le pied sur la terre de France,
Ayant un brin de gloire il eût un peu d'amour.

Quant à savoir si tout s'est passé de la sorte,
Et si vous n'êtes pas restés pour rien là-bas,
Si vous n'êtes pas morts pour une chose morte,
O mes pauvres amis, ne le demandez pas !

Dormez dans la grandeur de votre sacrifice,
Dormez, que nul regret ne vienne vous hanter;
Dormez dans cette paix large et libératrice
Ou ma pensée en deuil ira vous visiter !

Je sais ou retrouver, à leur suprême étape,
Tous ceux dont la grande herbe a bu le sang vermeil,
Et ceux qu'ont engloutis les pièges de la sape,
Et ceux qu'ont dévorés la fièvre et le soleil;

Et ma pitié fidèle, au souvenir unie,
Va, du vieux Wunderli qui tomba le premier,
En suivant une longue et rouge litanie,
Jusqu'à toi, mon Streibler, qu'on tua le dernier !

D'ici je vous revois, rangés à fleur de terre
Dans la fosse hâtive ou je vous ai laissés,
Rigides, revêtus de vos habits de guerre
Et d'étranges linceuls faits de roseaux tressés.

Les survivants ont dit, -et j'ai servi de prêtre !-
L'adieu du camarade à votre corps meurtri;
Certain geste fut fait bien gauchement peut-être :
Pourtant je ne crois pas que personne en ait ri !

Mais quelqu'un vous prenait dans sa gloire étoilée,
Et vous montrait d'en haut ceux qui priaient en bas,
Quand je disais pour tous d'une voix étranglée,
Le Pater et l'Avé-que tous ne savaient pas !

Compagnons, j'ai voulu vous parler de ces choses,
Et dire en quatre mots pourquoi je vous aimais :
Lorsque l'oubli se creuse au long des tombes closes,
Je veillerai du moins et n'oublierai jamais.

Si parfois, dans la jungle ou le tigre vous frôle
Et que n'ébranle plus le recul du canon,
Il vous semble qu'un doigt se pose à votre épaule,
Si vous croyez entendre appeler votre nom:

Soldats qui reposez sous la terre lointaine,
Et dont le sang donné me laisse des remords,
Dites-vous simplement : " C'est notre Capitaine
Qui se souvient de nous,-et qui compte ses morts......"

Capitaine Borelli

LE CAPITAINE DE BORELLI (1837-1906)
CHEVALIER ERRANT ET PALADIN POÈTE
Lieutenant-colonel (h) Benoît Guiffray

Article paru sur le site de l'Amicale des Anciens de la Légion Étrangère de Paris,  Le lien ici: Capitaine Borelli

Capitaine Borelli

“Mes compagnons c'est moi : mes bonnes gens de guerre,
C'est votre chef d'hier qui vient parler ici
De ce que l'on ne sait pas, ou que l'on ne sait guère ;
Mes morts je vous salue et je vous dis : Merci”…

Qui n'a pas vibré à l'écoute ou à la lecture de ce poème du Capitaine de Borrelli, publié et republié dans plusieurs de ses ouvrages de poésie qui ont valu à son auteur de recevoir à trois reprises le prix de la poésie française de l'Académie Française (1883-1885 ; 1889-1891 et 1893-1895).
Ce poème a eu pour titre "La Légion Etrangère" et pour dédicace "A mes hommes qui sont morts" ; cette dernière deviendra par la suite le titre du poème qui a été déclamé à l'Académie Française par mademoiselle Jeanne Julia Regnault dite Bartet (1854-1941), actrice de la Comédie Française.
Voici ce qu'il est notamment dit de lui dans l'ouvrage "Feuilles d'avant la tourmente" publié chez Plon en 1917 : 
"…Ce vétéran, qui a guerroyé en Europe, en Afrique, en Asie, déconcerte par son érudition et la variété de ses motifs….
…Borrelli peint la guerre comme Stendhal ou Tolstoï…la langue est toujours simple chez ce soldat…Elle possède le secret de faire partager au lecteur l'action qu'elle raconte, de lui faire vivre ce qu'il lit, au moyen d'effet brefs, soudains, qui enferment tout un monde de sensations devinées et refoulées…

…Mais ce qu'il a aimé par-dessus tout, ce sont ses hommes et quand il a dit cet amour il a été grand. Il a peint notre troupier "mal habillé, mal coiffé, mal chaussé, seulement avec, dans le rang, un éclair à la hauteur des yeux"…

"Tourné vers le côté d'où le péril viendra
Il lui jaillit du cœur trois mots : Quand on voudra !"

…Ce qu'il a aimé par-dessus tout, ce sont ses hommes et quand il a dit cet amour, il a été grand…

… Le soldat que Borrelli préfère entre tous, c'est naturellement celui qu'il a commandé le plus longtemps, avec qui il se sent en complète harmonie, grâce à qui il a accompli ses plus mémorables faits d'armes, le soldat de la Légion Etrangère

"...nu, affamé, sans feu ni lieu, ni espérance..."

…Par son oeuvre, et par sa vie, par ses qualités et ses défauts, Borrelli s'apparente aux chevaliers errants, aux paladins poètes qui traversèrent, épris de belles passes d'armes et de vers délicats notre Moyen-Âge…
…Il a différé de la plupart des auteurs de son temps, par son goût et sa parfaite compréhension de l'époque "… où la mort frappait d'assez près pour que le mourant la vit belle et qu'elle vit le mourant sourire…" ( Préface de l'ouvrage "Arma").

"On cache n'est-ce pas ? la chose qui vous navre
- J'ai laissé, reposant sur son oreiller vert,
Le bel officier blanc dormir à découvert :
- Et j'ai mis mon mouchoir sur les pieds du cadavre"

(Extrait du poème "Tué", souvenir du 5 juin 1859)


Dix sept ans dans la Cavalerie

Le vicomte Emmanuel Raymond de Borrelli est né le 25 décembre 1837, dans le château du marquis de Brayas, son grand père maternel, à Taillon en Gironde, dans l'arrondissement de Bordeaux, fils de Charles Hyacinthe Jules de Borrelli, lieutenant-colonel au 7ème Léger, futur général de division, et de Anne Françoise de Bryas.

Etant étudiant à Paris, le 4 novembre 1856, il s'engage dans l'Armée française pour rejoindre l'Ecole Impériale de Saint Cyr. Il est ainsi décrit : "Cheveux châtains, front haut, yeux bleus, nez fort, bouche moyenne, menton rond, visage ovale et taille 1,67m". Borrelli se distingue par ses résultats aux examens ce qui lui vaut d'être nommé 1ère classe puis caporal un an après.

Sous-lieutenant le 7 septembre 1858, à sa sortie de l'école, il est affecté dans la cavalerie, au 2ème Régiment de Chasseurs où il sert durant près de dix sept ans comme lieutenant (décembre 1863), capitaine (août 1868), capitaine adjudant major (février 1870) puis de nouveau capitaine (avril 1872).

Durant cette première partie de sa vie d'officier, il participe à la campagne d'Italie : à la bataille de Solférino, chargeant à la tête de son peloton, il est grièvement blessé d'une balle qui lui traverse la poitrine, le 24 juin 1859. La croix de chevalier de l'Ordre national de la Légion d'Honneur lui est remise le 5 juillet suivant mais il ne se remet pas complètement de cette blessure dont il aura des séquelles le restant de sa vie.

Plus tard, "le Gaulois" du 20 février 1890 publiera ce poème écrit par le Capitaine de Borrelli sur l'entrée à Milan du 2ème Corps d'Armée dont les 1er et 2ème Régiments Etrangers :

TRIOMPHE
Souvenir des 8-9 juin 1859

"Jamais je n'ai vu tant de fleurs que ce jour-là !
- En vainqueurs, dans Milan évacué la veille
Nous entrions ; alors, de vrai, c'était merveille
Ce que l'on nous aimait ! - Le soir, à la Scala,
Ballet de circonstance ; et la salle croula
Quand sur la fin, parut, le képi sur l'oreille
L'Etoile de la danse en pantalon groseille.
- L'inoubliable nuit, et l'étrange gala !

Partout, du bas en haut, l'antithèse suprême
D'un front bandé de linge auprès d'un diadème,
Et des bras en écharpe à côté des bras nus ;
Tandis que, s'ennuyant de ces apothéoses,
Nos bons chevaux, gardés par les premiers venus,
Broutaient, faute de mieux, des montagnes de roses."

Pendant de la guerre franco-allemande de 1870, Borrelli se distingue de nouveau. Il participe vaillamment à la reconnaissance sur gross-Rossell, aux batailles de Borny, de Rézonville, de Saint-Privat-la-Montagne, de Noisseville et de Servigny puis combat aux avant-postes durant le siège de Metz, dans la plaine de Ladonchamps.

Fait prisonnier de guerre à Metz, le 29 octobre 1870, interné à Francfort sur le Main, en Allemagne, il est libéré le 17 mars 1871. Moins de quinze jours après, il est de nouveau en campagne, du 30 mars au 26 mai 1871, pour participer avec l'armée de Versailles aux combats contre la "Commune de Paris" en révolte.
Il est nommé officier de l'Ordre national de la Légion d'Honneur le 24 juin 1871

Bien que noté comme étant un très brillant officier appelé à un grand avenir, son mauvais état de santé et d'autres motifs, notamment familiaux, l'obligent à quitter l'Armée : il donne sa démission en avril 1874. Marié depuis le 27 mai 1872 et entré dans la vie civile, le capitaine de Borrelli est toutefois nommé, le 28 janvier 1876, lieutenant-colonel dans l'armée territoriale, au 18ème Régiment Territorial de Cavalerie jusqu'au 30 mars 1880.

Il n'en a pas pour autant terminé avec le service actif car le 30 juillet 1883, à sa demande, le Vicomte de Borrelli (1) est admis à servir avec le grade de "capitaine à titre étranger" au 1er Régiment Etranger où il va servir en Algérie, au Tonkin puis de nouveau en Afrique durant cinq ans.

"Et ma pitié fidèle, au souvenir unie
Va du vieux Wunderli qui tomba le premier,
En suivant une longue et rouge litanie,
Jusqu'à toi, mon Streibler, qu'on tua le dernier !

D'ici je vous revois, rangés à fleur de terre
Dans la fosse hâtive où je vous ai laissés,
Rigides, revêtus de vos habits de guerre
Et d'étranges linceuls faits de roseaux tressés"…

C'est âgé de 46 ans, après 19 ans de services, 4 campagnes et une blessure grave dont il garde de nombreuses séquelles que, sur sa demande, le Capitaine de Borelli est admis à servir dans les rangs de la Légion Etrangère avec le grade de "capitaine à titre étranger" par décret du Président de la République daté du 30 juillet 1883.


En Algérie 1883-1884

Affecté au 1er Régiment Etranger, il rejoint son corps en Algérie le 15 septembre de la même année prenant aussitôt la commandement de la "Compagnie Montée de Geryville" qu'il mène d'une manière très vigoureuse comme précisé dans ses notes.
De cette période, il nous a laissé un témoignage en vers :

LES HONNEURS
Souvenir du 10 janvier 1884

Dans le pays des Ksours (3), par un froid inhumain
Nous luttions contre un vent qui coupait la figure,
Quand nous vîmes des blocs, d'assez funèbre augure,
Empilés sur un tertre, à gauche du chemin.

On se souvient là-bas, comme à leur lendemain,
De certains deuils anciens dont vous n'avez plus cure ;
C'était le lieu précis d'une tuerie obscure :
Bou-Bekr(4). - Et notre chef mit l'épée à la main.

La colonne fit halte, et front.- Dans la rafale
La sonnerie " Aux champs " s'envola, triomphale.
On rendit les honneurs. Notre vieux commandant

Salua largement du sabre ; et puis, en route !
- C'est assez difficile à dire, et cependant
J'avais, presque, les yeux… - Ce vent aigre, sans doute.

Grande Revue, 1er Juillet 1888


Au Tonkin 1884-1885

Un Bataillon du 1er Régiment Etranger à deux compagnies débarque au Tonkin en avril 1884. L'une d'elles est commandée par le Capitaine de Borelli.

Le 1er janvier 1885, la Légion Étrangère se transforme en deux Régiments Etrangers à quatre bataillons. La compagnie Borelli devient 1ère Compagnie du 1er bataillon du 1er Étranger.
Aussitôt débarqué, ce bataillon est engagé aux côtés de deux autres bataillons de la Légion Étrangère, présents au Tonkin depuis un an, dans les opérations de pacification menées sous les ordres du général de Négrier contre les troupes de l'Empire de Chine et les Pavillons Noirs organisés en sociétés de pirates. La citadelle chinoise de Tuyen-Quang qui a été prise par nos troupes le 31 mai, est attaquée le 10 octobre par les Chinois. Ces derniers sont repoussés mais ils organisent aussitôt le siège ; l'encerclement se referme complètement y compris sur la rivière Claire seule voie d'accès rapide.
Le 16 novembre, une colonne de secours placée sous les ordres du Colonel Duchène, remonte le fleuve Jaune et la rivière Claire avec des renforts et un approvisionnement important à bord de jonques escortées de canonnières de la Marine Nationale. Les deux compagnies du 1er Régiment Etranger constituent le gros du renfort.

Le 18 novembre, les troupes débarquent à 8 kilomètres. en aval de Yuoc pour dégager cette position qui verrouille le passage en direction de Tuyen-Quang; elle est tenue par l'adversaire. L'assaut est donné le lendemain avec succès ce qui permet de nettoyer les environs de la citadelle avant d'y pénétrer.
Le Capitaine de Borelli sera cité à "l'ordre du jour" du Corps Expéditionnaire au Tonkin le 18 décembre "pour s'être particulièrement distingué par la vigueur et l'entrain avec lequel il a enlevé sa compagnie dans le mouvement tournant qui a décidé le succès du combat de Yuoc"


Second siège de Tuyen-Quang,  23 novembre1884 - 3 mars 1885

Image d'Epinal du siège de Tuyen-Quang
La relève de la garnison est aussitôt organisée et la colonne Duchène repart le 23 novembre.
La nouvelle garnison compte 14 officiers ainsi que 598 sous-officiers et hommes de troupe dont les 1ère et 2ème compagnies du 1er Etranger. Le Commandant Dominé commande la place forte. Il fait immédiatement multiplier les défenses et construire un blockhaus à 300 mètres. de la citadelle.
Le 31 décembre les troupes chinoises fortes de 4.000 hommes attaquent de toutes parts avec violence mais sont repoussées. Commence alors un second siège ; des tranchées encerclent peu à peu complètement la place forte qui est ensuite attaquée au moyen de mines creusées sous terres et de contre-mines organisées intelligemment par le Sergent du Génie Bobillot qui est blessé mortellement au cours du siège. L'artillerie chinoise soumet la citadelle à des bombardements quotidiens suivis d'assauts toujours repoussés et de brèches toujours colmatées. Le Capitaine de Borelli se souvient :

LÀ-BAS
Souvenir de février 1885

"A Monsieur le colonel Dominé
Nous sommes au rempart, la nuit. Il pleut. Gluante
Est la terre où le pied glisse mal affermi ;
L'odeur fade des morts recouverts à demi
Nous arrive du bas de la brèche béante.

Des jurons suppliants passent dans l'air, parmi
Les plaintes des blessés qu'exaspère l'attente ;
On sent venir l'assaut. Va pour l'assaut, contente,
Ma troupe de son mieux recevra l'ennemi.

- Et je rêve d'un nid tout plein de chères choses,
Où flotte le parfum d'une femme et des roses,
Où des tapis profonds assourdissent les pas ;
Je rêve d'une voix qui chante un peu ; Je rêve
A cette même voix se faisant rauque et brève…
- Nom de Dieu ! les voila qui montent : tirez bas."


3 mars 1885 levée du siège

Le 28 février à huit heures du soir, la colonne qui vient débloquer Tuyen-Quang annonce son approche par des fusées qui sont très bien vues de la citadelle.

Le 3 mars, la colonne de secours progresse plus vite, après une nuit de fusillades continues. Au petit jour, les patrouilles de la citadelle constatent le départ des troupes chinoises mais, voulant pénétrer dans une casemate, un tirailleur tonkinois est tué, un autre blessé. La section de Légion qui forme réserve intervient aussitôt, conduite par le capitaine de Borelli, commandant la compagnie à laquelle appartient cette section.
Le capitaine s'approche de l'entrée de la casemate lorsque soudain l'un de ses hommes le devance, c'est le légionnaire Thiébald Streibler qui tombe mortellement blessé d'une balle en pleine poitrine sauvant ainsi le capitaine. Ce dernier, fait aussitôt neutraliser toutes les issues puis enfoncer la toiture. Les légionnaires peuvent ainsi atteindre cinq chinois retranchés là qui meurent les armes à la main sans vouloir se rendre.
A deux heures de l'après-midi, le général en chef et le brigadier Giovaninelli arrivent à Tuyen-Quang.

Streibler (matricule 6.917, d'origine alsacienne, natif de Mertzwiller) est le dernier légionnaire tué durant le siège ce que n'oubliera jamais de Borelli qui par la suite dédicacera ainsi l'ode "A mes hommes qui sont morts" :
"Très particulièrement je dédie ceci à la mémoire de Thiébald Streibler qui m'a donné sa vie le 3 mars 1885"

Le Capitaine de Borelli est cité une seconde fois le 22 mai par ordre général n° 4 du Corps Expéditionnaire pour s'être particulièrement distingué au siège de Tuyen-Quang : "Bravoure chevaleresque ; a par son entrain et sa présence constante aux postes les plus dangereux, exalté la valeur morale de la troupe qu'il commandait".
Les pertes de la garnison sont de 56 morts (y compris ceux décédés de leurs blessures par la suite) dont 48 légionnaires, et 148 blessés. La garnison a tenu sans faillir durant 3 mois et 36 jours face à 10.000 combattants chinois.

Pour la Légion Etrangère, Tuyen-Quang est le Camerone de l'Extrème-Orient. Ce fait d'armes glorieux est évoqué dans la première strophe de son chant de tradition : "Le Boudin".


"Avant le silence", son dernier ouvrage

Son état de santé se détériorant, le Capitaine de Borelli quitte le Tonkin en juillet 1885 ; et placé en non-activité pour infirmités temporaires puis affecté au 3ème Régiment de Zouaves en Algérie, du 17 août 1888 au 3 octobre 1889 avant d'être admis d'office à la retraite en 1891. 
Il sert de nouveau dans l'Armée Territoriale avec le grade de lieutenant colonel jusqu'au 1er janvier 1902. "Avant le silence" regroupe ses deniers poèmes. Ils évoquent la fin d'un homme qui a connu une vie bien mouvementée.

"Emmanuel, Raymond de Borelli, officier d'Infanterie en retraite, officier de la Légion d'Honneur, époux de Armande Gabrielle Marie d'Angosse, est décédé le 10 mai 1906 à quatre heures du soir en sa demeure à Versailles, au n° 22 de la rue Magenta".
Il était titulaire des médailles d'Italie, du Tonkin et officier d'Académie. 
Il avait reçu la médaille de la Valeur militaire de Sardaigne, était chevalier de l'Ordre Pontifical de Saint Grégoire-le-Grand, décoré de l'ordre de Charles III d'Espagne, fait commandeur de l'ordre du Cambodge, commandeur de l'Ordre de Saint Sylvestre, officier de 3ème classe du Nicham-Iftikar et officier du Dragon d'Annam."

Lieutenant-colonel (h) Benoît Guiffray

Notes 

(1) Borelli : Tous les documents originaux consultés y compris son acte de naissance et toutes les pièces de son dossier d'officier portent cette orthographe mais nous avons aussi trouvé dans des écrits le concernant y compris dans le "Livre d'or de la Légion Etrangère" et les annuaires des officiers de l'époque : Borelli, Boreli, Borrelly
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Publié le 8 août 2013

"Fais ce que dois, advienne que pourra."

Spartiate, "Art of 300" par Alex Cooper
Pro Patria mori : mourir pour la Patrie

Au mois d'août de l'année 480 avant notre Jésus Christ, se déroula une des batailles les plus mythiques de l'Histoire, où dans le défilé des Thermopyles 300 hoplites secondés par des grecs et emmenés par leur roi Léonidas, résistèrent héroïquement face à une armée de plus de 200 000 combattants perses commandés par le roi Xerxés.
Au troisième jour de la bataille (le 10 ou le 19 août selon les chronologies), après avoir renvoyé les grecs loin d'une mort certaine réorganiser la défense des cités, les derniers spartiates tombent sur le mont Kolonos, massacrés sous un déluge de flèches tirées de loin par les perses qui n'osent s'approcher de ces combattants dont ils ne savent s'ils sont des Hommes ou des Dieux...


Ernst Jünger (1895-1998), ce combattant écrivain qui a traversé  le XXème siècle et la fureur des combats  rapportait dans "Le combat comme expérience intérieure" (1922) que :

"Il n'est rien de plus exquis que la bravoure virile. Le sang pétille dans les veines en étincelles divines, tandis qu'à travers champs on vole au combat dans un cliquetis d'armes, conscient de sa propre audace. Le pas de charge disperse au vent comme feuilles d'automne toutes les valeurs de ce monde. (...) Que peut-il être de plus sacré que l'Homme combattant ? Un dieu ? (...)

Bravoure est le vent qui pousse aux côtes lointaines, la clef de tous les trésors, le marteau qui forge les grands empires, le bouclier sans quoi nulle civilisation ne tient. Bravoure est la mise en jeu de sa propre personne jusqu'aux conséquences d'acier, l'élan de l'idée contre la matière sans égard à ce qui peut s'ensuivre.(...) Le Diable emporte une époque qui veut nous ravir la Bravoure et les Hommes ! (...)
Quant à nous, nous avons connu un temps où l'Homme brave était aussi le meilleur; et quand bien même il ne survivrait de ce temps que le souvenir d'un événement historique où l'Homme comptait pour rien car sa cause était tout, toujours nous serons fiers d'y reporter nos regards. (...)

Ainsi les guerriers s’abîmaient, titubants dans l'ivresse de la bataille, flèches que l'arc décochait dans le brouillard, danseurs au bal de l'incertain. (...) La bravoure n'est jamais que l'expression d'un savoir ancré au plus profond des consciences : que l'être humain renferme en lui des valeurs éternelles, indestructibles. Sinon comment y en aurait-il un seul pour marcher sciemment à la rencontre de la Mort ?(...)

La bravoure est le feu vivant qui soude les armées, elle passe avant toute autre chose même parée des noms les plus flatteurs.(...)
Le soldat a estimé de tout temps que le courage de son chef allait de soi. (...) Aussi pouvaient-ils perdre des batailles mais jamais le coeur de leurs Hommes. (...) La bravoure reconnaît la bravoure. (...) Le prince a le devoir de mourir dans le cercle de ses derniers fidèles. Les soldats innombrables qui l'ont précédé dans la mort sont en droit de le réclamer. C'est ce qu'exige l'idée pour laquelle tous se battent. (...) La bravoure est son propre salaire, le lien qui lie ensemble tous les égaux. (...)

Une dernière chose, l'Extase. (...) L'enthousiasme arrache l'âme virile au delà d'elle même, si haut que le sang bouillonne et bat contre les artères, submerge le coeur d'écume brûlante. C'est une ivresse au dessus de toute ivresse, un déchaînement qui fait sauter tous les liens. C'est une frénésie sans égard ni limite, comparable aux seules forces de la Nature. L'Homme est alors pareil à la tempête mugissante, à la mer en furie, au grondement du tonnerre. alors il est fondu dans le Tout, il se rue vers les sombres portes de la Mort comme un projectile vers sa cible. (...)"

Ernst Jünger, "Le combat comme expérience intérieure" -1922


La bataille des Thermopyles

Extrait du film "300" de  Zack Snyder (2006),
adaptation de la BD éponyme de Franck Miller 

Le contexte :

Les Perses ont depuis longtemps leur regard tourné vers les cités grecques et Darius 1er déclenche la première guerre Médique qui s'achève par sa défaite face aux athéniens lors de la célèbre bataille de Marathon en 490 avant J.C. Son fils Xerxés 1er lui succède et organise une deuxième expédition 10 ans plus tard. C'est la seconde Guerre Médique.

Le prélude :

Devant l'ampleur de l'armée Perse en marche, les Grecs dépassent leurs luttes intestines et s'engagent pour une défense commune des cités. Leur plan est de stopper l'armée perse dans le défilé des Thermopyles (les « Portes Chaudes »), défilé montagnard très étroit et accidenté qui diminuera les forces perses au contact. Tandis que les forces navales sont confiées à Eurybiade, les troupes terrestres quant à elles sont confiées à Léonidas roi de Sparte et ses hoplites experts dans le combat d'infanterie. 

Au début de la campagne, les dieux semblent être du côté des grecs car une terrible tempête détruit une grande partie de la flotte de Xerxés dans l'Artémision. Ce dernier, malgré une écrasante majorité conservée, ne peut plus diviser ses troupes. La rencontre des 2 armées se déroulera donc sur un seul front, au niveau des "Portes chaudes"... Et en août -480, accrochés au défilé escarpé,  6000 grecs attendent de pied ferme plus de 200 000 perses qui se ruent à leur rencontre.

La bataille :

La muraille des hoplites soudée par la discipline et l'armement (Photo tirée du film "300",de Zack Snyder, 2006)
Malgré leur nette infériorité numérique les grecs ont l'avantage du terrain et des armes. Xerxés ne peut engager que des petits effectifs dans les défilés étroits des Thermopyles, et dont les défenseurs en armure, solidement ancrés à leur longue lances se trouvent hors d'atteinte  des courtes armes perses. De plus la vaillance grecque est impressionnante, portée par Léonidas et ses trois cent guerriers d'élite regroupés autour de lui et qui sont le fer de lance de l'armée grecque. Les pertes sont immenses dans les rangs perses qui s'écrasent sur cette phalange spartiate soudée, prolongement mortel de la falaise qu'elle défend, et les assauts refluent à un par un, au milieu des corps qui font oublier la couleur de la terre. 

A ce moment là, l'espoir d'une victoire renaît au sein de l'armée grecque, mais c'est alors que Léonidas est trahi par un certain  Éphialtès, qui guide les Perses sur le sentier d’Anopée, contournant le défilé infranchissable..Pris en tenaille, Léonidas décide alors de se sacrifier avec ses 300 Spartiates, ainsi que 700 soldats des cités de Thèbes et de Thespies, pour laisser à l'armée grecque le temps d'évacuer ses troupes et de réorganiser une ligne de défense. 

Le combat héroïque des spartiates, derniers carré grec va durer encore une journée. Le corps du roi Léonidas, mortellement blessé est récupéré lors d'un dernier assaut désespéré de ses hommes, qui se replient ensuite sur le mont Kolonos où les perses prudents et craintifs malgré leur masse écrasante, vont confier à leurs archers la mission de les massacrer jusqu'au dernier.

Les conséquences

D'après Hérodote les perses perdirent aux Thermopyles plus de 20 000 homes en trois jours de combat contre environ 1000 pour les grecs (dont les 300 spartiates).
Xerxés ordonna la décapitation de la dépouille de Léonidas et promena sa tête parmi les rangs de son armée pour rassurer ses soldats impressionnés par la bravoure des spartiates. Les perses continuèrent leur offensive et pillèrent Athènes, mais le combat des Thermopyles était déjà entré dans la légende et contribua à réunir les cités face à la déferlante perse qui fut battue 1 an plus tard en -379 devant Platée, vengeant ainsi le sacrifice des 300 achevant définitivement le cycle des guerres médiques.
Si Hérodote, le "père des historiens" est le premier qui rapporte dans le détails ce combat tragique, sa dimension héroïque fait qu'il est très rapidement chanté, notamment par Simonide de Céos, le premier poète à avoir ainsi fait rentrer des hommes, dans le panthéon mythique des Héros et des Dieux. Plus tard un mausolée sera érigé sur le mont Kolonos à l'endroit précis où succomba le dernier carré des braves.

L'héritage

La mort au combat de 300 spartiates il y a près de 2500 ans, dépasse aujourd'hui le cadre historique de la bataille des Thermopyles, épisode de la seconde guerre Médique, pour devenir un acte héroïque fondateur de l'identité européenne. Le dénouement tragique de la bataille, ancré dans la mémoire des peuples célèbre depuis le courage et le sacrifice du guerrier pour sa Patrie, mais aussi, il symbolise la résistance de l'Homme face au joug du plus grand nombre...  

"ὦ ξεῖν’, ἀγγέλλειν Λακεδαιμονίοις ὅτι τῇδε κείμεθα τοῖς κείνων ῥήμασι πειθόμενοι"
Distique élégiaque attribué à Simonide de Céos et gravé sur une pierre du monument commémoratif aux Thermopyles

« Ceux qui sont morts aux Thermopyles

Connaissent et la gloire et le sort le plus beau,

Car ils ont des autels et non pas des tombeaux,

Non pas des larmes, mais des hymnes,

Nos louanges au lieu de nos gémissements,

Et la rouille ou le temps qui toute chose mine

N’attaque pas ce monument. »

Simonide  de Céos


DOCUMENTAIRE (Arte)



"300, Quand la Réalité dépasse le Mythe" 


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Publié le 14 juillet 2013

"Pratiquer l'Honneur contre les honneurs"

"La soif de paraître est une passion terrible qui détruit l'humanité dans l'homme. (...)
Si je dois rendre grâce d'une seule chose à la vie rude qui fut la mienne, c'est de m'avoir appris à considérer les hommes, quels qu'ils soient, sur le même plan. Sous l'écorce de l'apparence, on trouve un rien, une poussière, un grain de sable qui concentre tout l'humain."                      Hélie de saint Marc "Les sentinelles du soir"

Commandant Hélie Denoix de Saint Marc

Le commandant Hélie Denoix de Saint Marc est né le 11 février 1922 à Bordeaux. Le courage de cet homme et son sens de l'Honneur vont le conduire au coeur des déchirures de l'Histoire humaine arpentant les sommets de la gloire avant d'être voué aux gémonies d'une société lâche et ingrate qui oublie le sacrifice de toute sa vie... au crépuscule de sa vie exemplaire, Hélie de Saint marc nous le témoignage d'une vie mise au service de l'Honneur et un message de courage et d'espérance pour notre avenir que ses actes vertueux ont contribué à protéger.

BIOGRAPHIE

A 19 ans il entre en Résistance en février 1941, arrêté il est déporté au camp de Buchenwald et en réchappe miraculeusement. Après la guerre il entre à Saint Cyr et pars jeune officier en Indochine sur le poste de Talung. Cette guerre va laisser dans le coeur d'Hélie de Saint Marc une "blessure jaune" liée à l'abandon meurtrier des partisans indochinois par le Haut-commandement français. Il retournera une deuxième fois en Indochine au sein du 2° Batalllon Etranger Parachutiste.

Hélie de Saint Marc, en Algérie est au 1er Régiment Etranger Parachutiste, qu'il commande au moment du putsch d'Alger dirigé par le général Challe en avril 1961. Hélie de Saint Marc rejoint alors la rébellion, décidé à ne pas abandonné les harkis d'Algérie dans les mains des égorgeurs du FLN. Il sera condamné à 10 ans de réclusion criminelle par le Haut Tribunal Militaire en juin 1961.

Après sa libération, il s'installe à Lyon où il recouvre ses droits civils et militaires en 1978.

En 1989, Hélie de saint Marc témoin de notre temps, sort de l'ombre et nous livre ses réflexions et pensées à travers des biographies, des entretiens et des livres...

À 89 ans, il est fait grand-croix de la Légion d'honneur, le 28 novembre 2011, par le Président de la République, Nicolas Sarkozy
Il vit aujourd'hui retiré dans sa maison de la Drôme...

DÉCORATIONS


- Grand-croix de la Légion d'honneur, en date du 25 novembre 2011.

- Croix de guerre 1939-1945 avec 1 citation

- Croix de guerre des TOE avec 8 citations

- Croix de la valeur militaire avec 4 citations

- Médaille de la résistance

- Croix du combattant volontaire de la Résistance

- Croix du combattant

- Médaille coloniale avec agrafe « Extrême-Orient »

- Médaille commémorative de la guerre 1939-1945

- Médaille de la déportation et de l'internement pour faits de Résistance

- Médaille commémorative de la campagne d'Indochine

- Médaille commémorative des opérations du Moyen-Orient (1956)
- Médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l'ordre en Afrique du - - Nord (1958) avec agrafes « Algérie » et « Tunisie »
- Insigne des blessés militaires
- Officier dans l'ordre du mérite civil Taï Sip Hoc Chau

OUVRAGES

Les Champs de braises. Mémoires avec Laurent Beccaria, édition Perrin, 1995, (ISBN 2262011184) , Prix littéraire de l'armée de terre - Erwan Bergot en 1995, Prix Femina Essai en 1996.
Les Sentinelles du soir, édition Les Arènes, 1999, (ISBN 2912485029)
- Indochine, notre guerre orpheline, édition Les Arènes, 2000, (ISBN 2912485207)
Notre histoire (1922-1945) avec August von Kageneck, conversations recueillies par Étienne de Montety, édition Les Arènes, 2002, (ISBN 2912485347)
Die Wächter des Abends, Edition Atlantis, 2000, (ISBN 3932711513)6
Asche und Glut. Erinnerungen. Résistance und KZ Buchenwald. Fallschirmjäger der Fremdenlegion. Indochina- und Algerienkrieg. Putsch gegen de Gaulle, Edition Atlantis, 1998, 2003, (ISBN 3932711505)7
Toute une vie ou Paroles d'Hélie de Saint Marc écrit en collaboration avec Laurent Beccaria, volume comprenant un CD audio d'émission radiophonique, édition Les Arènes, 2004, (ISBN 2912485770)
La Guerre d'Algérie 1954-1962, avec Patrick Buisson, préface de Michel Déon (avec DVD), Albin Michel, 2009 (ISBN 222618175X)
L’Aventure et l’Espérance, édition Les Arènes, 2010, (ISBN 9782352040910)


SITE OFFICIEL  Le lien ici : Hélie de Saint Marc

CITATIONS         Le lien ici : Hélie de Saint marc

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« QUE DIRE A UN JEUNE DE 20 ANS »

Quand on a connu tout et le contraire de tout,
quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie,
on est tenté de ne rien lui dire,
sachant qu’à chaque génération suffit sa peine,
sachant aussi que la recherche, le doute, les remises en cause
font partie de la noblesse de l’existence.

Pourtant, je ne veux pas me dérober,
et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci,
en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain :

«Il ne faut pas s’installer dans sa vérité
 et vouloir l’asséner comme une certitude,
 mais savoir l’offrir en tremblant comme un mystère».

A mon jeune interlocuteur,
je dirai donc que nous vivons une période difficile
où les bases de ce qu’on appelait la Morale
et qu’on appelle aujourd’hui l’Ethique,
sont remises constamment en cause,
en particulier dans les domaines du don de la vie,
de la manipulation de la vie,
de l’interruption de la vie.

Dans ces domaines,
de terribles questions nous attendent dans les décennies à venir.
Oui, nous vivons une période difficile
où l’individualisme systématique,
le profit à n’importe quel prix,
le matérialisme,
l’emportent sur les forces de l’esprit.

Oui, nous vivons une période difficile
où il est toujours question de droit et jamais de devoir
et où la responsabilité qui est l’once de tout destin,
tend à être occultée.

Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela,
il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine.
Il faut savoir,
jusqu’au dernier jour,
jusqu’à la dernière heure,
rouler son propre rocher.

La vie est un combat
le métier d’homme est un rude métier.
Ceux qui vivent sont ceux qui se battent.

Il faut savoir
que rien n’est sûr,
que rien n’est facile,
que rien n’est donné,
que rien n’est gratuit.
Tout se conquiert, tout se mérite.
Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

Je dirai à mon jeune interlocuteur
que pour ma très modeste part,
je crois que la vie est un don de Dieu
et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparaît comme l’absurdité du monde,
une signification à notre existence.

Je lui dirai
qu’il faut savoir trouver à travers les difficultés et les épreuves,
cette générosité,
cette noblesse,
cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde,
qu’il faut savoir découvrir ces étoiles,
qui nous guident où nous sommes plongés
au plus profond de la nuit
et le tremblement sacré des choses invisibles.

Je lui dirai
que tout homme est une exception,
qu’il a sa propre dignité
et qu’il faut savoir respecter cette dignité.

Je lui dirai
qu’envers et contre tous
il faut croire à son pays et en son avenir.
Enfin, je lui dirai
que de toutes les vertus,
la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres
et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres,
de toutes les vertus,
la plus importante me paraît être le courage, les courages,
et surtout celui dont on ne parle pas
et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse. 

Et pratiquer ce courage, ces courages,
c’est peut-être cela

«L’Honneur de Vivre»
Hélie de Saint Marc
Commandant Hélie Denoix de Saint Marc
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LE COURAGE DE LA VÉRITÉ : Entretien avec Hélie de Saint Marc


« Un œil qui s’amuse tandis que l’autre pleure… ». Pourquoi cette terrible expression de votre biographe ?

Toute ma vie, j’ai traversé les drames de mon pays comme témoin et surtout comme acteur : la résistance, la déportation, la guerre d’Indochine, la guerre d’Algérie et la prison… Alors parfois, il m’arrive de verser quelques larmes, non pas sur moi, mais sur ceux qui m’ont accompagné et qui ont été trompés : la parole qu’ils ont reçue n’était pas une parole de vérité et ils sont morts pour des mensonges.

« Je cherchais à compenser mes faiblesses par un intense désir de vivre… ». Pourquoi avoir écrit cela ?

Comme beaucoup de jeunes, j’étais tiraillé entre un idéal à accomplir (l’absolu, l’action, les voyages, le commandement, la responsabilité) et l’éblouissement face à la beauté du monde qui conduit à la poésie, au rêve. J’étais tiraillé entre le rêve et l’action. Beaucoup de jeunes, je crois, connaissent, au cours de leur adolescence, ce tiraillement. Faire une synthèse n’est pas aisé, mais il faut essayer.

« L’homme se mesure à ses rêves intérieurs… »

Oui ! On rêve sa vie, on vit sa vie, on pense sa vie, quelquefois on la revit, et à nouveau on la pense et on la rêve. L’action nécessaire est encadrée : nous agissons relativement à ce que nous sommes et en fonction de notre famille, de nos proches, de notre entreprise, de notre pays, de notre idéal. Cette action est nourrie par le rêve et la pensée. Peut-être se termine-t-elle aussi par le rêve et la pensée… Ma vie a été compliquée et lourde à porter, mais j’ai eu la richesse de pouvoir l’encadrer, au début par mes rêves de jeunesse, à la fin par les essais de réflexions et de pensée. Tout homme, me semble-t-il, même le plus médiocre, vit cet encadrement de la pensée au matin de sa vie par le rêve, et au soir de sa vie par la raison.

Qu’est-ce qu’une existence « simplement honorable » comme vous le dites ?

C’est essayer de rester debout, tout au long de sa vie, face aux réussites, à ses souffrances, à sa déception, à la trahison, à ses doutes.

Mais alors, qu’est-ce qu’être un homme ?

C’est de savoir rester fidèle à ses amis, à ses convictions. C’est aussi de ne pas avoir honte de soi-même, de pouvoir se regarder dans la glace et de pratiquer l’honneur contre les « honneurs ».

Que vous ont appris la résistance et la déportation ?

J’ai essayé d’apprendre et de respecter quelques réactions éthiques élémentaires : éviter la délation, la trahison, l’avilissement, en sachant qu’un homme réduit au plus mince de lui-même peut l’emporter sur les forces du mal. J’ai appris que vivre ne veut pas dire exister à n’importe quel prix, j’ai appris, peut-être, le sens d’une vie : protéger ce filet d’esprit qui nous est donné en naissant et dont nous devons rendre compte à l’heure de notre mort.

« La guerre m’a enseigné l’éblouissement de la vie », avez-vous encore écrit…

Faire la guerre c’est vivre quotidiennement avec la mort et dès lors ressentir, face à la beauté incarnée par la vie, un éblouissement incroyable dû à cette proximité de la mort. Les médecins doivent éprouver le même sentiment. Malheureusement, le soldat est parfois contraint de donner la mort : tuer pour ne pas être tué. Au contact de la mort, je crois, la vie — et sa plus noble incarnation dans la beauté — prennent une force extraordinaire. Tout homme qui fait la guerre est amoureux : menant une existence où la cruauté et la mort sont prépondérantes, il est attiré par l’inverse, appelé par la beauté, par la tendresse, par ce qui prodigue la vie alors que lui risque d’être amené à donner la mort.

« Le verbe a sa part dans l’appel au courage ». Qu’avez-vous voulu dire ainsi ?

Celui qui commande agit. C’est par la force de son exemple que ses hommes le suivent. Mais il doit aussi expliquer les raisons du combat et c’est là où la parole joue un rôle important dans l’éthique et la vie d’un soldat. Vigny disait : « La parole est un simple mot pour l’homme politique, elle est un fait terrible pour l’homme d’armes ». L’homme politique est amené à parler avec légèreté, quelquefois avec perfidie ; l’homme de guerre s’exprime avec le sang de ses hommes et son propre sang sur la terre. Ces propos de Vigny résument admirablement le drame de l’armée française et de la France durant la seconde partie du XXe siècle.

« La liberté se dissout parfois dans l’agitation… ». Un redoutable jugement pour la société d’aujourd’hui…

Les plus jeunes vivent dans une espèce de précipitation terrible… Qu’ils prennent le temps de réfléchir en allant dans un monastère, une pagode, en marchant vers Saint Jacques de Compostelle ou, simplement, en se retirant dans une chambre avec rien aux murs… Qu’ils réfléchissent sur le sens de la vie ! Les questions importantes sont des questions simples : d’où vient-on, où va-t-on, que fait-on, à quoi cela sert-il ? Mais, en général, ces questions qui sont très simples restent sans réponse.

Qu’est-ce que faire tenir debout son être intérieur ?

Si je n’avais pas peur d’employer de grands mots, je parlerais d’honneur : pouvoir se regarder dans une glace, ne pas avoir honte de soi-même. Pratiquer cette exigence, cette rectitude vis-à-vis de soi-même et de l’aventure humaine s’appelle l’honneur de vivre.

« Le courage contient toutes les autres vertus » avez-vous encore écrit…

Oui, le courage est nécessaire à l’exercice de toutes les autres vertus. Il faut être courageux pour avoir la foi, pour être charitable, pour avoir l’intelligence du cœur et pour dire la vérité.

Comment voyez-vous le monde d’aujourd’hui ?

C’est un monde du mensonge, du parler faux, de la promesse non tenue et la jeunesse, me semble-t-il, a soif d’autre chose : elle est avide du parler vrai et de la vérité même si celle-ci est difficile à accepter, à comprendre et à vivre. Je crois que la vérité gagne toujours.

Alors, le « Parler vrai », un impossible défi ?

Parler vrai, c’est d’abord penser vrai, mais cela ne veut pas dire dévoiler toute sa pensée. Toute vérité n’est peut-être pas bonne à dire. En revanche, tout ce que l’on dit doit être vrai.

Durant une partie de ma carrière, j’ai été chargé des rapports avec la presse, fonction d’autant plus délicate qu’elle se situait pendant la guerre d’Algérie : pourtant, j’ai toujours essayé de dire la vérité, pas toujours toute la vérité car certaines vérités ne sont pas toujours bonnes à dire et doivent être exprimées au bon moment. Je reviens sur mon passé d’homme de guerre : c’est très important de dire à un soldat, d’une part, les raisons de son combat, d’autre part, la nécessité de mettre en accord ses actes avec sa parole. Un jour, un journaliste m’a dit que j’aimais la guerre et je lui ai répondu que je n’aimais pas la guerre : la guerre est une tragédie, il n’existe pas de guerre propre, de guerre fraîche et joyeuse, la guerre est un mal, un mal terrible avec ses souffrances, ses morts. Parfois, la guerre est un mal nécessaire : il faut prendre les fusils pour faire taire les fusils. Mais la guerre reste un mal. La guerre est un grand moment de vérité parce que les hommes, au front, ne soignent pas leur look, leur paraître, ils ne font pas du cinéma, ils combattent et risquent leur vie : c’est alors la vérité profonde de l’être qui s’exprime avec quelquefois sa lâcheté, sa cruauté mais aussi sa générosité et son courage. Cette vérité de l’homme à la guerre se retrouve à travers les épreuves, dans l’action politique et économique et c’est vers cette vérité que tout homme plongé dans l’action doit tendre.

L’image domine le monde, chacun soigne son « look », fait son petit cinéma et, finalement, la vérité de chacun disparaît, le paraître l’emporte sur l’être, sur la réalité, sur la vérité et sur l’expression de cette vérité. Les victoires de la publicité et le déroulement de la préparation aux élections en sont une brillante illustration. Cette tragique dérive est vraisemblablement due à la vitesse de la vie, à la surmédiatisation de toute chose, c’est un très grand danger.

Que diriez-vous à un responsable, à un chef d’entreprise ?

Un mot très simple : dire la vérité. Le mensonge et le machiavélisme, même en politique, ne gagne jamais. Dans ma jeunesse, je croyais que les hommes, les femmes, les hommes politiques disaient la vérité. Mais, le jour où j’ai été arrêté par les Allemands, trahi, traîné dans des cellules, interrogé puis enfermé en camp de concentration, je me suis aperçu que la trahison est une des composantes la mieux lotie au monde. Si j’ai un seul mot à laisser derrière moi, c’est de dire : « Ne trahissez jamais ! ». Le mensonge est une forme de trahison.

Quelle est votre espérance pour le monde qui vient ?

En vieillissant, il faut résister au pessimisme et garder au fond de soi un inaltérable optimisme malgré l’affaiblissement physique, les difficultés croissantes à penser, à vivre, à nous exprimer de façon audible. La joie de l’âme est dans l’action. Quelqu’un a dit : « Pour hier, il est trop tard, il est toujours trop tard, mais demain reste à faire et ton avenir, ami, se trouve au bout de la journée de demain ». Cela s’appelle l’espérance ! Les motifs de pessimisme sont nombreux, mais les motifs de croire à l’avenir existent : il faut être habité par l’espérance et cultiver, pratiquer cette espérance dans la lucidité.

Que diriez-vous aussi aux jeunes d’aujourd’hui ?

Je leur dirais que nous vivons une période difficile où, d’une part, de grands problèmes de la vie sont posés (le don de la vie, la manipulation de la vie, l’arrêt de la vie), où, d’autre part, l’individualisme forcené, l’égoïsme peut-être, le matérialisme, le profit à tout prix l’emportent sur les forces de l’esprit.

Je leur dirais que notre époque est complexe parce qu’elle met en avant les droits par rapport aux devoirs et parce que la responsabilité, qui est au centre du destin humain, tend à être occultée.

Je leur dirais que la vie est une aventure formidable, qu’il faut y croire, mais qu’elle est aussi un combat et qu’il leur faudra rouler leur propre rocher jusqu’à la dernière heure.

Je leur dirais que rien n’est donné, que rien n’est gratuit, que tout se conquiert et se mérite et que, si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

Je leur dirais qu’au-delà de ce qui peut apparaître comme l’absurdité du monde, il faut deviner cette secrète générosité, cette noblesse, cette mystérieuse et miraculeuse beauté de l’existence.

Je leur dirais qu’il faut découvrir les étoiles qui nous conduisent quand nous sommes plongés au plus profond de la nuit ; qu’il faut découvrir le tremblement sacré des choses invisibles.

Je leur dirais que tout homme, toute femme, a sa propre noblesse, sa propre dignité et qu’il est important de respecter cela.

Je leur dirais qu’il faut croire à l’avenir de son propre pays.

Je leur dirais que, de toutes les vertus, celle qui me paraît la plus forte c’est le courage qui consiste à rester fidèle à son rêve de jeunesse.

Je leur dirais que pratiquer ce courage, c’est peut-être cela l’honneur de vivre.
  

Propos recueillis par Charles-Éric Hauguel
- 26 septembre 2006 -
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Publié le 11 juillet 2013


"Seule l’âme compte et doit dominer tout le reste."       Léon Degrelle

Aujourd'hui, engoncés dans les fauteuils profonds de la bien pensance, les Hommes se rassurent à simplifier leur vie à une consommation frénétique dans un monde bipolaire et manichéen. Assis sur leurs sacs de grains pourris les sédentaires se sont recroquevillés dans un égocentrisme superficiel où les Êtres humains ne sont plus que des atomes individualisés...

Dans notre monde moderne et laxiste, la transigeance et l'intolérance ont supplanté la tolérance et l'intransigeance qui ouvraient à l'Homme le chemin de l’excellence des pensées et des actes.

La morale superficielle supplante les valeurs montrées par l'exemple et l'engagement, nous sommes dans l'âge sombre de la tyrannie de la pensée unique qui commande, condamne, et asservit la pensée de l'Homme..."Faites ce que je dis mais ne dites pas ce que je fais" !

Je hais les étiquettes et les jugements du "prêt a penser"

La guerre, cette constante humaine, dans ses combats intérieurs ou extérieurs, par ses vents violents débarrasse l'Homme de ses oripeaux superficiels et met son âme à nue, face à la réalité complexe de la vie et à l'obligation d'y prendre des engagements rapides, imparfaits et risqués... 

Le combat devient alors cette "expérience intérieure" vécue et partagée par Ernst Jünger ou Saint-Exupéry alors qu'ils se font face sur cette "Terre des hommes"....

Un homme, Léon Degrelle a été lui aussi pris dans le maelstrom de l'Histoire, pendant cette période terrible, difficile et complexe de l'Europe en guerre, et il va, dans un choix cornélien assumé , s'engager sur le Front de l'Est pour "lutter contre le bolchevisme". Sans avoir jamais sombré dans la folie meurtrière, son âme va sortir de la guerre comme un cristal d'une forge... 

Plus tard, au crépuscule de sa vie, tout en restant mystiquement fidèle à son engagement politique de jeunesse, le commandeur de la division SS Wallonie nous laisse un testament spirituel émouvant et qui bouscule la vision manichéenne imposée par la manipulation de Histoire...

Dans le pays des "droits de l'homme" et de la "liberté d'expression" ce livre, à chaque édition est condamné à la destruction par les Torquemada de la pensée unique, c'est le "musellement des vaincus". Et pourtant s'il y a bien un livre de Léon Degrelle qui n'est pas politique, c'est bien celui là, "Les âmes qui brûlent", et quand bien même le serait-il... nous ne sommes plus en dictature à ce qu'il paraît...


"Les âmes qui brûlent" (extrait)

Léon Degrelle 1906-1994
Chapitre 2:  L'agonie du siècle

"Aimer ? Pourquoi ? Pourquoi aimer ?
L’être humain s’est barricadé derrière son égoïsme et son plaisir. La vertu a délaissé son chant naturel. On se gausse de ses vieux rites. Les âmes étouffent. Ou même elles ont été liquidées, derrière les décors des habitudes et des conventions.
Le bonheur est devenu, pour l’homme et pour la femme, un monceau de fruits qu’ils croquent à la hâte ou dans lesquels ils plantent des dents rapides sans plus, pour les rejeter pèle-mêle –corps abîmés, âmes abîmées – une fois épuisée la frénésie passagère, en quête déjà d’autres fruits plus excitants ou plus pervers.
L’air est chargé de tous les reniements moraux et spirituels. Les poumons aspirent en vain à une bouffée d’air pur, à la fraîcheur d’un embrun jeté au ras des sables.
Les jardins intérieurs des hommes ont perdu leurs couleurs et leurs chants d’oiseaux. L’amour, lui-même, ne se donne plus. Et d’ailleurs, qu’est-ce que l’amour, le plus beau mot du monde, ravalé au rang de passe-temps physique, instinctif et interchangeable ?...
Le seul bonheur pourtant résidait dans le don, le seul bonheur qui consolait, qui enivrait comme le parfum plénier des fruits et des feuillages de l’automne.
Le bonheur n’existe que dans le don, le don complet ; son désintéressement lui confie des saveurs d’éternité ; il revient aux lèvres de l’âme avec une suavité immatérielle.
Donner ! Avoir vu des yeux qui brillent d’avoir été compris, atteints, comblés !
Donner ! Sentir les grandes nappes heureuses qui flottent comme des eaux dansantes sur un cœur soudain pavoisé de soleil !
Donner ! Avoir atteint les fibres secrètes que tissent les mystères de la sensibilité !
Donner ! Avoir le geste qui soulage, qui enlève à la main son poids charnel, qui épuise le besoin d’être aimé !
Alors le cœur devient léger comme le pollen. Son plaisir s’élève comme le chant du rossignol, voix brûlante qui nourrit les ombres. Nous ruisselons de joie. Nous avons vidé cette puissance de bonheur que nous n’avions pas reçue pour nous, qui nous encombrait, que nous devions déverser, comme la terre ne peut contenir sans fin la vie des sources et les laisse éclater sous les crocus et les jonquilles, ou dans les failles des rochers verts.
Mais aujourd’hui dans mille failles desséchées les sources spirituelles ont cessé de jaillir. La terre ne déverse plus ce don qui la gonflait. Elle retient son bonheur. Elle l’étouffe.  

L’agonie de notre temps gît là.
Le siècle ne s’effondre pas faute de soutien matériel. Jamais l’univers ne fut si riche, comblé de tant de confort, aidé par une industrialisation à ce point productrice.
Jamais il n’y eut tant de ressources ni de biens offerts.
C’est le cœur de l’homme, et lui seul, qui est en état de faillite.
C’est faute d’aimer, c’est faute de croire et de se donner, que le monde s’accable lui-même des coups qui l’assassinent.
Le siècle a voulu n’être plus que le siècle des appétits. Son orgueil l’a perdu. Il a cru aux machines, aux stocks, aux lingots, sur lesquels il régnerait en maître. Il a cru, tout autant, à la victoire des passions charnelles projetées au-delà de toutes les limites, à la libération des formes les plus diverses des jouissances, sans cesse multipliées, toujours plus avilies et plus avilissantes, dotées d’une  « technique » qui n’est, en somme, généralement, qu’une accumulation, sans grande imagination, d’assez pauvres vices, d’êtres vidés.  (...)


La maladie du siècle n’est pas dans le corps. 
Le corps est malade parce que l’âme est malade.
C’est elle qu’il fallait, qu’il faudra coûte que coûte guérir et revivifier.
La vraie, la grande révolution à faire est là.
Révolution spirituelle.
Ou faillite du siècle.
Le salut du monde est dans la volonté des âmes qui croient."

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Le livre en version PDF      le lien ici : "Les âmes qui brûlent"

Léon Degrelle sur le front de l'Est



Publié le 27 juin 2013

Quand les guerriers dansent...

"Que soit bénie la flamme des épées claires qui défendent notre Patrie,
Que soient bénis les horizons lointains des expéditions en mer Noire."
Maxime Rylsky  "Pour la Patrie",1941


Le vrai soldat ne porte pas qu'une arme en échange d'une solde, mais au fond de son coeur il est le gardien des valeurs et des traditions d'un peuple. Héritier de son Histoire il est alors ce guerrier fondateur de la seule et véritable aristocratie, qui de génération en génération doit conquérir chaque jour par ses actes de courage et de noblesse et respect  du peuple auquel elle a vouée sa vie...

Alors au cœur des combats ou dans la paix des foyers, le guerrier chante et danse vers l'ennemi ou l'ami, son sang s'unissant toujours au galop de son cheval de bataille qui porte son âme.
Erwan Castel, Cayenne le 27 juin 2013

Danse traditionnelle cosaque
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Publié le 22 juin 2013

Respect !

Le vieux soldat

A notre époque où les débats tournent autour des même vacuités, moralisation de la politique, politisation de la morale... nous perdons dans notre horizon de l'existence l'essentiel : l'Exemple... Autrefois, l'histoire témoignait des faits exemplaires de ceux d'Hector à la bataille de Troie, ou de Léonidas aux Thermopyles, de Roland à Roncevaux, et de tant d'autres guerriers connus ou oubliés, amis ou ennemis qui nous léguèrent en héritage: l'Honneur, le Courage et la Fidélité...

Général Marcel Bigeard
"Ma vie pour la France paraîtra quand je ne serai plus de ce monde. Mon ultime souhait est que mon parcours rappelle aux jeunes générations le sens des valeurs que j'ai toujours défendues, celles qui font la grandeur d'un homme et d'un pays."
Marcel Bigeard.

Aujourd'hui,  les traîtres sont au pouvoir, et l'Armée ce premier dépositaire de l'Histoire de la Nation, est plus que jamais la "grande muette", pire: la complice immobile d'un pouvoir qui ne la respecte même plus ! 

L'héritage par l'exemple, des guerriers aux soldats s'est perdu aujourd'hui dans les carriérismes politiciens des fonctionnaires du ministère de la Défense... 
Et pourtant, sur le terrain meurent chaque jour des jeunes hommes en quête d'idéal de vie, mais trompés par les "droitsdel'hommistes" et les mondialistes,  ils sont sacrifiés sur l'autel des intérêts des banquiers et des multinationales qui les méprisent et parfois même financent leurs ennemis !

Et pourtant...

"Le courage du soldat est inséparable de celui des autres,. Il fait partie d'une chaîne humaine, et il n'y a pas de salut individuel. C'est pourquoi, le courage est pour lui un sentiment qui s'organise, qu'on entretient comme les fusils. On lui dit de se battre et il se bat. On, lui dit de mourir et il meurt. Il pratique cet étrange courage qu'il faut pour basculer de l'autre côté de la vie sans une larme."

Hélie de Saint Marc, "Les sentinelles du soir", page 49

Alors : Respect !!!


Le vieux soldat, Jean Pax Méfret
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